Feuille d'Auteuil
JE M’IMAGINE DÉAMBULER DANS QUELQUES JOURS DANS MON ÉGLISE
Une forêt d’échelles et de poutrelles vont bientôt se dissimuler sous des bâches de protection, les mélopées de la prière du chapelet laisseront la place aux éclats métalliques des échafaudages qu’on monte et à ceux des tuyaux qu’on extrait de leur écrin de bois. Notre orgue sera disséqué pour se laisser nettoyer et débarrasser des scories de plomb qui l’ont contaminé. L’immense armoire de la tribune répandra ses boyaux sur le sol de la nef. Comme dans une salle d’opérations, un voile protecteur couvrira cette intervention de chirurgie mécanique. Les tuyaux, dont certains dépassent les cinq mètres, jonchés sur le sol de l’église, attendront que la patiente toilette soit achevée pour réintégrer leur râtelier. À l’étage, les murs et les portants de l’orgue recevront des soins similaires.
Pris de gigantisme le chantier chantera sans doute une autre mélodie, plus rauque, que celle des notes habituellement jouées par l’organiste de Notre-Dame d’Auteuil Frédéric Blanc ou celle des « Ave Maria » des fidèles du chapelet quotidien. Comment pourra-t-on se recueillir, aux jours non chômés, devant le saint Sacrement de la chapelle de la Vierge, quand d’un moment à un autre le grondement d’un heurt peut vous faire sursauter ? Il existait au Moyen-Âge un supplice, dit de la « goutte d’eau », qui rendait fou, qui repose sur le même principe d’anticipation angoissée. Un petit réservoir perlait des gouttes sur le sommet du crâne du supplicié sans qu’il sache exactement quand. Nous laisserons donc l’église la semaine et irons prier dans les autres lieux sacrés de notre paroisse.
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Notre-Dame d'Auteuil