Homélie pour la fête du baptême du Seigneur - 11 Janvier 2026 — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie pour la fête du baptême du Seigneur - 11 Janvier 2026

Homélie du 11 janvier 2026

Nous sommes à Pâques dans l’église plongée dans la nuit. Après avoir écouté les lectures de l’Ancien Testament, éclairés par nos bougies et la lumière du Cierge pascale, nous pénétrons dans l’autre versant de la sainte Ecriture, le Nouveau Testament. Un tonitruant Gloria éclate en même temps que les luminaires de l’Eglise étincellent comme si nous sortions d’un long tunnel, tout à fait comparable à celui qu’ont emprunté les Hébreux lorsqu’ils passaient la mer, bordés par deux immenses murailles d’eau qui n’en finissaient pas de menacer de s’effondrer sur eux. La Vigile pascale associe cette traversée avec le passage par la mort du Christ. La mer est un tombeau en puissance et Jésus désigne la mort comme ce « baptême qu’il doit recevoir ». Il n’est pas difficile de comprendre que le baptême repose essentiellement sur la mort et la vie. Cette perspective ultime de l’existence que nous menons est maintenant marquée par l’empreinte du Christ et le Chrétien considère la mort et la résurrection comme la réalité que le baptême désigne.

Je voudrais que nous eussions cette réalité existentielle comme point de départ de notre réflexion aujourd’hui et que nous tracions entre le baptême reçu au Jourdain par Jésus et le baptême vécu sur la croix et au tombeau, un parallèle avec le sens de notre vie chrétienne. En effet tout n’est pas réalisé au Jourdain pour Jésus, comme pour nous, tout n’est pas réalisé dans notre baptême reçu de la Mère Eglise. Jésus doit pousser son incarnation, son alliance avec les hommes, déjà symbolisée par le baptême de conversion administré par Jean, jusqu’au bout de la condition humaine, qui s’achève dans la résurrection. De même, nous-mêmes, nous comprenons que les implications du baptême que nous avons reçu seront définitives à notre propre résurrection dans le Christ. Est-ce à dire que le baptême est purement symbolique ? Il s’agit d’un sacrement et non pas d’une allégorie. L’Eglise reçoit le commandement de Jésus : « Allez parmi toutes les Nations, enseignez-les et baptisez-le au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit », comme un ordre par lequel elle transmet la vision de Dieu sur l’homme : « Tu es mon Fils bien-aimé, en qui je mets toute ma complaisance » et l’adjonction de l’Esprit Saint. Pourtant ce don de Dieu ne se clôt pas au moment où il est donné, mais oriente toute notre vie vers l’accomplissement du mystère pascal en nous.

Il existe ainsi une sorte de rapport de puissance à acte, comme on le désigne en philosophie entre le baptême liturgique et le baptême effectif, le premier conduisant à vivre le second dans sa dimension fondamentalement chrétienne. La distance temporelle nécessite une conversion continue du baptisé qui a les promesses de la vie éternelle, mais qui n’a pas encore passé par la mort. Le baptême ne se replie par sur lui-même comme un bien qu’on possèderait, mais conduit vers une réalité plus grande encore. La distance temporelle nécessite aussi un renforcement de la part de Dieu pour soutenir ce processus, littéralement une confirmation. Aussi baptême et confirmation liturgiques sont indissociables et le baptême seul tronque le lien entre le sacrement et sa réalisation. Il est ainsi indispensable d’être confirmé. Pas seulement pour se marier, pas seulement pour devenir parrain ou marraine, pas seulement pour devenir prêtre, comme si on avait coché les cases d’honorabilité chrétienne. C’est indispensable parce que ces deux sacrements assument l’acte de l’adoption filiale par Dieu comme un acte qui a lieu dans le temps pour le baptême, et sa croissance, son augmentum jusqu’à sa consommation dans la mort et la résurrection dans la durée.    

Aussi, pour être très clair, si vous n’êtes pas confirmé, je vous invite à considérer que ce n’est pas une option, comme un système de caméra de recul pour une voiture, mais un sacrement nécessaire, qui vous aidera moins à devenir compétent pour une tâche chrétienne, qu’à vivre les implications profondes et salvatrices de votre baptême. 

 

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