Homélie du dimanche 17 Novembre - 33ème du temps ordinaire.
Homélie du 17 novembre 2024 - 33ème dimanche du temps ordinaire (B)
Permettez-moi de vous partager mon goût exagéré pour les films-catastrophe. Mes goûts me poussent à me délecter du tonitruant « Armageddon » avec Bruce Willis, à frissonner à la vue de « 2012 » ou plus simplement à me réjouir d’une explosion volcanique, d’un tremblement de terre, surtout quand cela est servi avec un bon scénario à l’américaine, où un politicien véreux néglige de prévenir la population du danger imminent, quand le héros traverse mille dangers pour sauver sa famille, et éventuellement donne sa vie à la fin, dans une impulsion toute christique. Ces productions souvent hollywoodiennes ont le même effet que les Grand-Huit dans les fêtes foraines : nous donner l’ivresse de la peur sans nous confronter au danger et flatter cette petite poussée d’adrénaline qu’on éprouve tout en restant dans un fauteuil, avec éventuellement des popcorns à disposition. Ces visions apocalyptiques sur écran dissimulent la vérité sur ce qu’est véritablement l’Apocalypse.
Nous connaissons le livre de l’Apocalypse, si mystérieux, et qui fut rédigé par saint Jean. On ignore plus généralement que Jésus parle lui-même de manière apocalyptique. Ses discours parlent naturellement de catastrophes, de grandes tribulations, et d’épreuves, puisqu’à des doses plus ou moins visibles, elles font partie de l’histoire de l’humanité. Il semble presque normal, que lorsque la fin se profile, les évènements s’enchainent, que les forces qui étaient contenues dans la marche des siècles s’affranchissent de la durée et se réunissent pour un ultime dénouement. Comme vous le savez probablement, le mot apocalypse signifie « révélation » ou « dévoilement ».
Ce qui est révélé est la création nouvelle et le règne du Fils de l’homme, c’est-à-dire l’affranchissement des vivants de la loi de la mort. L’irruption de cette nouvelle création rejette ce qui est caduque et inconsistant, comme la balle poussée par le vent, et introduit une sorte de déchirement dans la création, comme un grand divorce entre le passager et l’éternel. Saint Paul et Jésus, quand le premier parle de la création nouvelle et quand le second parle des épreuves, comparent ces temps au travail de l’enfantement. Ils n’escamotent pas les douleurs qui y sont attachées, pas moins qu’ils entrevoient la joie d’une nouvelle naissance. L’étiolement des luminaires, du soleil et de la lune annonce l’agonie d’un monde arrivé à son terme, et contraste avec la lumière à venir. Le Christ projette son regard transperçant au travers des épreuves pour voir dans le sens de l’histoire et l’avenir le déploiement du dessein de Dieu. Il est bien placé pour le faire, puisque ce que l’Apocalypse annonce du sort de la création, il le vit personnellement au travers sa mort et sa résurrection. Pour le dire avec d’autres termes, l’Apocalypse est au monde, ce que la Pâque est au Christ. D’ailleurs vous trouverez de nombreux parallèles entre la passion du Christ et les descriptions de l’Apocalypse.
A la lumière de cette réflexion, je vous invite à emprunter quelques pistes :
1, Ne suivez pas mon goût pour les films catastrophes. En effet vous risqueriez de croire qu’ils sont outrés et donc que les menaces qu’ils décrivent improbables et de manquer de prudence quant aux enjeux auxquels notre inscription dans la nature nous soumet.
2. Puisque l’Apocalypse porte la marque de la mort et de la résurrection du Christ dans le cosmos, n’excluez ni la croix, ni la résurrection : L’être humain oscille entre un optimisme inconscient et un pessimisme désespérant. Le Chrétien voit dans les réalités de sa vie la marque de la Pâque. Si nous sommes déjà capables de lire les signes de la nature, c’est déjà un premier pas.
3. La mention de l’heure et du moment, seuls connus par le Père, indique que la fin de l’histoire n’est pas de ressort de l’homme. Les grands totalitarismes du XXème, et ceux émergeant du XXIème siècle assurent que la rénovation ou le progrès humain passent par une accélération de l’histoire, faite de main d’hommes, une sorte d’idole idéologique. Comme l’histoire comprise par le Christianisme est opaque à la grâce et à la création nouvelle, et non pas enfermée sur elle-même. Il est logique que seul Dieu puisse maitriser cette réalité que l’homme ne peut produire de lui-même ; la vie en plénitude.
Notre-Dame d'Auteuil