Homélie du 7 septembre 2025 - 23ème dimanche - Temps ordinaire — Notre-Dame d'Auteuil

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Menu

Homélie du 7 septembre 2025 - 23ème dimanche - Temps ordinaire

Homélie du 23 ème dimanche du temps ordinaire 2025 

Jésus exagère sans doute dans cet évangile l’exigence des paroles qu’il prononce. la version grecque est inacceptable : Jésus ne parle pas de le préférer, mais de haïr (misô) ses proches, jusqu’à sa propre vie. A l’évidence il adopte une tournure de phrase propre à la rhétorique de son époque, assez percutante, mais littéralement inaudible et scandaleuse. Cela l’est d’autant plus qu’il ne parle pas à une élite ou au groupe des proches, mais à tous ceux qui l’écoutent, à la foule qui est présente. Comment comprendre une telle exigence ?

Des exigences excessives…

En premier lieu, j’aimerais souligner que ce passage est directement relié à celui où il décrit l’homme qui entreprend de bâtir une tour et à celui du roi qui part en guerre contre son adversaire. La radicalité des exigences du Christ est d’autant accru qu’il exige qu’à l’image de ces deux personnages, Jésus convie ses auditeurs à s’assoir et à évaluer leurs ressources. De cette manière, son appel à le suivre ne peut pas être une impulsion subite, un coup de tête, mais une résolution raisonnée, presque froide et calculatrice, qui racle le fond de l’âme. C’est l’inverse du mouvement spontané, comme celui que décrit saint Jean au sujet de saint Thomas quand ce dernier s’enthousiasme de mourir avec Jésus. Le niveau d’engagement requis n’est pas celui de la superficialité et de la légèreté. On perçoit bien que l’outrance des prétentions du Christ est doublée par une exigence de lucidité. L’investissement de ses ressources propres et le défi de la persévérance finale complètent et achèvent le degré d’implication requis, qui est presque surhumain et excessif. 

En deuxième lieu, je reviens sur la prétention du Christ. Elle est humainement inacceptable et à contraire à la loi naturelle et à la loi divine. Comment concilier la détestation de ses parents avec le respect dû aux parents dans le 4ème commandement du Décalogue ? justifier cette rupture avec la famille, ses propres enfants et soi-même ? La prétention du Christ justifiant de telles demandes est scandaleuse et l’apparente avec celles du plus maniaque et du plus égocentrique des gourous. 

Jésus rappelle indirectement la condition humaine et la porte du salut

Ayant posé ces éléments, il faut maintenant les traiter et essayer de pénétrer la pertinence du discours du Christ. Affirmons tout d’abord que la réalité des récits du Nouveau Testament contredit l’application à la lettre du discours du Christ. Comme je le disais auparavant, l’exagération suit un biais rhétorique, volontairement provoquant et perturbant. Il nous faut donc ne pas lire les choses au pied de la lettre et forts de notre familiarité avec les Ecritures, interpréter. La traduction française en l’édulcorant (« préférer » plutôt que « détester ») rend finalement mieux compte du sens. La mention de « porter la croix » me parait décisive. Au premier degré, on s’imagine qu’il s’agit par avance de supporter des poids aussi lourds que ceux du Christ, de se préparer à subir un sort comparable au sien dans le seul domaine de la souffrance. La croix, évidemment objet de torture, n’a recouvre pas le seul registre de la souffrance. Même si le signe de la croix n’est pas forcément apparu dès le début de la chrétienté, la notion de croix n’est pas toujours négative. Elle concrétise l’engagement du Christ à l’égard des hommes lorsqu’il livre sa vie, ce qui renverse totalement le soupçon d’égocentrisme. Elle symbolise aussi le moyen par lequel le Christ ouvre l’accès vers le ciel, comme une clef ouvre une serrure, où une échelle relie deux niveaux. 

Ce qu’il y a de particulier dans la foi chrétienne est la conception du salut. Celui-ci n’est jamais extérieur, comme la bouée jetée d’une navette de garde-côtes. Le salut suppose une transformation réelle de soi. Porter sa croix revient à entrer dans la même logique de mort er de vie que le Christ. Mes parents m’ont donné la vie, et avec elle la mort. Le Christ m’a donné la mort et avec elle la résurrection. Cette réalité est brutalement affirmée par Jésus. Aucun de ceux que j’aime n’est capable de me faire entrer dans la réalité de la résurrection par eux-mêmes. Seul le Christ, le premier-né d’entre les morts peut le faire, et ce dont il a besoin pour l’opérer n’est pas un vague assentiment, mais une adhésion qui dépasse les attachements humains. Toute la prose autour « haïr » ou « préférer » doit être reprise en second temps par le commandement du prochain. Aimer les siens non pas dans un attachement que la nature me prouve qu’il est voué à ne pas survivre, mais aimer les siens dans le renouvèlement qu’implique la croix, la Pâque. On envisage alors la vie terrestre à partir de la vie éternelle, et non plus l’inverse. 

Navigation