Homélie du dimanche 1er Octobre 2025
J’aimerais en préambule soulever un contraste :
L’image que nous nous faisons de Jésus ne nous habitue pas à nous le représenter aussi abrupt et aussi direct. Dans la série « the Chosen », l’acteur Jonathan ROUMIE incarne un Jésus souriant et chaleureux, très amical et proche de ses disciples tout en leur échappant. Jim Caviezel, dans « la Passion » offrait un visage moins rieur et plus pénétré, mais sans dureté. Robert Powell, dans la série « Jésus de Nazareth », offrait son visage plus gracile et ses yeux un peu exorbités le faisaient ressembler à la représentation du peintre russe Yvan KRASKOÏ, dans laquelle on le voit au désert, figé dans sa fragilité. Ces quelques exemples convergent toutes vers un préjugé que nous avons à l’égard de Jésus, à savoir qu’il est compatissant, sensible à la peine et aux joies humaines. Par delà les représentations visuelles que nous avons, les évangiles nous ont relaté combien Jésus était ému devant le tombeau de Lazare, combien il a été remué aux entrailles quand il a guéri le sourd-muet, et combien il a été bouleversé quand la pècheresse lui a lavé les pieds, et les essuyer lors de son repas chez Simon le Pharisien.
Dans le passage que nous venons d’entendre, Jésus est sec et abrupt, sans empathie. Le candidat à sa suite se voit promettre sans préparation une vie d’errance, sans havre de repos ; et à ceux qui doivent accomplir les devoirs filiaux, il les enjoint de les négliger pour annoncer le Royaume de Dieu. Certains messages très exigeants sont recevables s’ils nous paraissent en adéquation avec celui qui les expriment. La sociabilité de Jésus, qui ne laisse place à aucune misanthropie, détonne avec le propos cassant. Sans doute Jésus est-il suffisamment libre pour ne pas se laisser enfermé dans une représentation.
Ce constat et ce contraste m’amènent à deux réflexions :
La première est que de ne jamais enfermer Notre Seigneur Jésus Christ dans une projection de notre goût et de nos préférences. Si l’on veut déployer les évangiles, nous avons besoin de nous le représenter, de nous représenter la scène. L’image, des icones aux peintures jusqu’au cinéma, nous permet de concevoir des scènes, de « composer » comme dirait saint Ignace de Loyola. Or il faut toujours être prudent de ne pas confondre l’image qui nous plait avec la vérité évangélique. Une bonne partie de notre méditation chrétienne intègre cette vigilance sans laquelle nous risquons de conformer Jésus à nos désirs et non de nous conformer à sa volonté. Il faut une grande connaissance de soi-même, de ses affections et une grande culture pour réussir à illustrer la Parole de Dieu sans la rendre servile et la lire telle qu’elle est.
La seconde porte sur le contenu de ce que Jésus prescrit à ceux qui veulent le suivre ou qu’il appelle de lui-même. En substituant le service du Règne de Dieu aux devoirs élémentaires d’un homme, Jésus nous rappelle par contraste la réalité à laquelle nous appartenons. Nous sommes radicalement des citoyens du Ciel où il règne et des gens de passage dans ce siècle. Cette réalité fondamentale justifie par son exigence
Notre-Dame d'Auteuil