Homélie du dimanche 8 décembre - 2ème dimanche de l'Avent — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie du dimanche 8 décembre - 2ème dimanche de l'Avent

Homélie du 8 décembre 

Le temps 

Jean Baptiste reprend les paroles du prophète Isaïe. Il s’identifie à l’oracle puisque très souvent on confond l’apostrophe «  voix de celui qui crie dans le désert », à Jean Baptiste lui-même, alors que cette parole est d’Isaïe. Il est  curieux de voir une telle correspondance entre ce qu’écrit Isaïe et l’écho qu’est Jean le Baptiste de cette parole. Un texte ancien semble vouer à appartenir au mausolée de la mémoire nationale, ou se perdre dans le désert que les siècles établissent entre les générations. Or Isaïe continue comme une onde de choc à vibrer et Jean le Baptiste en est le catalyseur. Des choses oubliées surgissent et reprennent une poignante actualité. Les oracles du passé sortent de leur léthargie et mettent côte à côte l’attente des siècles et la réalisation de la prophétie. Puisque Jean le Baptiste est dans la vallée du Jourdain, il peut facilement s’exiler loin des rives du fleuve et se confronter à l’âpreté du désert. Les anfractuosités des rochers ne facilitent pas la circulation et illustrent cette chaussée torturée pour laquelle il faut araser les hauteurs et terrasser les ravins. Il n’y a rien de plus inutile que de crier dans le désert, où la voix se perd dans le silence et où le cri est balayé par le vent, comme de la balle. C’est pourtant là comme une brise annonçant la tempête que le cri d’Isaïe va se réveiller et se démultiplier. L’impression est que l’éternité s’est condensé dans une parole, qu’elle a attendu la germination de la durée, et qu’à un moment précis du temps, elle s’exécute.

Cette idée de concentration est d’autant plus forte que saint Luc égrène les coordonnées temporelles : il croise les différents règnes et pontificats pour déterminer une époque exacte. De la même manière que la présence universelle et de l’être de Dieu se concentre dans le mystère de l’incarnation en Jésus, l’éternité semble s’ancrer dans le temps des hommes.

L’espace 

L’oracle d’Isaïe consonne singulièrement avec celui de Baruch. Le premier parle d’un chemin préparé pour le Seigneur, le second insiste qu’il conduit les exilés vers Jérusalem. Ces deux oracles nous projettent dans le terrain accidenté de la vallée du Jourdain. Quand on quitte ses rives, le liseré de verdure de la végétation avoisinante laisse vite la place à l’âpreté du désert. A l’Ouest, c’est presque une barrière montagneuse qui se dresse avec les monts de Juda. Il faut passer par les sentiers creusés par les Oueds pour couvrir péniblement la dénivellation et accéder à Jérusalem. A l’Est, on aperçoit plus loin les monts de Moab baignés dans la chaleur insupportable et tremblant dans la fournaise. Combler les ravins et araser les monts sont deux tâches titanesques. On imagine une rampe, comme celle de Massada construite par les Romains lors du siège de cette citadelle, par laquelle le Roi-Messie pourrait accéder directement à Jérusalem, en s’épargnant la peine d’emprunter les routes tortueuses. Le prophète Ezéchiel annonce que la gloire de Dieu doit revenir par le même chemin pour habiter le Temple déserté et détruit au temps de l’Exil. C’est donc une voie royale qui est décrite, comme jamais on en ferait. Un tel ouvrage ne sera jamais réalisé. Nous connaissons bien l’entrée messianique de Jésus qui achève et accomplit à Jérusalem effectivement la partie finale de ces oracles. Cependant le travail de terrassement renvoie plutôt à une réalité symbolique. Les inégalités du terrain renvoient sans doute à des réalités humaines, intérieures ou relationnelles, qui constituent autant d’obstacles à la venue du Seigneur en nous et parmi nous. Le péché personnel et la dissension entre les hommes, ralentissent d’autant l’accomplissement et l’entrée en gloire du Seigneur. Pour le temps de l’Avent que nous vivons, les oracles nous rappellent l’esprit de purification et de conversion qui lui est attaché. La sobriété d’un « petit carême » comme le nomment les Chrétiens orientaux remet en cause les anticipations des célébrations de l’Avent. 

Dans le désert

Littéralement en hébreu, le mot « désert », qui se prononce « midbar », signifie « lieu de la parole », ou lieu où est entendue la parole. On y retrouve la racine « dabar ». Le désert est vide du bruit que l’homme porte dans sa tête, mais plein des résonnances de la Parole de Dieu. Il purge l’homme de ses fausses sécurités et de son péché, il le déleste de ses vanités et lui réapprend à l’obéissance à la nature, forcément exigeante, plutôt que de plier les créatures à ses caprices. Le désert rappelle aussi à l’homme sa stérilité et la difficulté qu’il éprouve à porter un vrai fruit de justice. La figure inflexible et sauvage de Jean le Baptiste est à la mesure de cette Parole. Il a la stature de s’en faire la voix.

La « Parole », le dabar, est une notion très riche : c’est la parole créatrice de Dieu en toute chose ; c’est l’ensemble des paroles contenues dans la Bible ; c’est cet écho que l’homme perçoit en son esprit et qui lui parle dans le désert ; c’est enfin très concrètement Notre Seigneur Jésus-Christ, Verbe ou Parole fait chair. En reproduisant le désert en nous, nous ne réalisons pas une simulation de l’oracle ou un mime des scènes évangéliques. Nous vivons réellement cette préparation par laquelle le Christ passe réellement en nous. 

 

Le temps, l’espace, le désert…

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