Homélie Dimanche 22 juin 2025 - fête du Saint Sacrement
Homélie de la fête du saint Sacrement 2025
Quand j’étais enfant, à la messe, j’avais l’habitude de me tenir debout au moment de la prière eucharistique. J’attendais avec impatience que le prêtre entonne le Notre Père car cela indiquait qu’on s’approchait de la fin de la messe. J’allais communier dans la main. Etudiant, j’ai pris l’habitude de me mettre à genou à la consécration, de faire une génuflexion avant de communier et de recevoir l’eucharistie dans la bouche. Quand j’étais enfant, j’avais déjà la foi, je croyais que la messe était juste et bonne, mais c’était une réalité extérieure, vraie, mais extérieure. Il s’est donc produit un changement profond entre les deux âges. J’avais réalisé l’importance de l’eucharistie et elle devenait pas seulement un élément du décor, mais la reconnaissance et l’intégration de la présence de Dieu. Dans ma famille, mes frères et sœurs disaient que je traversais une « crise mystique », que je me mettais un peu en valeur. Je me rappelle qu’une de mes sœurs s’était sentie gênée à côté de moi à une messe, car j’étais le seul à m’être mis à genou…
Avec le temps, j’ai rencontré de plus en plus de fidèles qui faisaient comme moi, et j’ai commencé à me rendre compte que je n’étais pas aussi original que cela. D’autres adoptaient le même comportement et j’ai commencé à fréquenter l’adoration eucharistique. Cependant j’étais incapable de rester une heure comme cela, souvent de nuit, sans me munir d’une Bible et d’une lampe de poche… Sur ce point je n’ai pas changé… J’étais fasciné par la concentration des adorateurs qui pour certains ne bougeaient pas d’un poil pendant de longues minutes. J’avoue que mon regard faisait un tir triangulaire entre l’hostie, ma Bible et les adorateurs, figés dans une contemplation qui allonge mystérieusement le temps. J’avoue qu’une ou deux adoratrices, particulièrement mignonnes, parfois détournaient mon regard de ma Bible et du saint Sacrement. C’était l’occasion de louer Dieu dans ses œuvres. En fait on avait l’impression que le temps se figeait. Les impatients diraient que c’était à cause de l’ennui ; les esprits positifs parce que le Ciel était présent sur la Terre. Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet.
En effet, le saint Sacrement ne stoppe pas le temps, mais constitue comme un phare pour nous rappeler que nous ne sommes pas encore arrivés au Ciel. Jésus est présent, mais il est voilé, caché derrière ou dans le pain consacré. Le Saint Sacrement, parce que c’est une vraie nourriture spirituelle et concrète, est un pain de la route. Cela est très bien expliqué par la multiplication des pains que nous avons entendue, ou par la manne que les Hébreux ont mangée au désert. Jésus prépare dans la multiplication des pains ses disciples à comprendre qu’il est une nourriture pour la route, que le chemin vers le Ciel n’est pas encore achevé. On pourrait croire que tout se termine devant l’hostie. Or tout commence au contraire. Jésus institue l’eucharistie juste avant de vivre sa Pâque, et il existe un lien entre le pain et son corps livré sur la croix, et le vin et son sang versé. L’hostie et le vin du Calice sont les aliments du passage. Aussi quand nous adorons, nous ne regardons seulement Jésus-Hostie parmi nous, nous voyons celui qui nous guide vers le ciel.
Tout à l’heure, nous irons en procession dans les rues. Ce n’est pas qu’une ballade que nous faisons faire à Jésus, ce n’est pas seulement non plus qu’une démonstration de nos traditions et de notre foi. En fait C’est une adoration en marche. Cela nous rappelle que Jésus dans l’eucharistie est notre repère vers le ciel quand nous le regardons, notre viatique que nous communions, et le chemin qui mène au Père. En entrant à Notre Dame d’Auteuil pour le salut, ce sera comme dans une pièce de théâtre sacrée : l’église représente la porte du Ciel et Jésus est celui qui nous y conduit.
Notre-Dame d'Auteuil