Homélie du dimanche 18 mai 2025 - 5ème dimanche de Pâques — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie du dimanche 18 mai 2025 - 5ème dimanche de Pâques

Homélie du 5ème dimanche de Pâques 18 mai 2025 

Dans une adaptation hagiographique sur la vie de Jean Paul II, une scène était poignante. C’était à Cracovie, dans un fossé qui borde la colline du Wawel, le cœur historique de la ville, où sont enterrés les rois Jagellon et les Héros de la nation polonaise, un officier allemand fait face à un peloton d’exécution, de la même armée que lui. La scène a lieu lors de l’occupation allemande de la seconde Guerre Mondiale. Catholique, cet officier a refusé d’obéir à un ordre inique au nom de sa foi en Dieu et dans la dignité humaine. A côté de lui, un prêtre polonais l’assiste en le confessant. Le chef de peloton hurle au prêtre de s’éloigner et fait tirer sur l’officier qui s’effondre. Le gouverneur nazi de Cracovie, qui assistait à la scène, s’approche alors du prêtre et le regard haineux l’interroge : « Qui l’a tué ? » - silence du prêtre – il reprend : « C’est vous qui l’avez tué, en le détournant de son devoir de soldat. Mon dieu est celui de l’honneur ». Et le prêtre de répondre : « Et le mien est celui de l’amour ». Après cela, le gouverneur qui avait dégagé de sa gaine son pistolet lugger parabellum, l’abat sans sommation.

La réponse du gouverneur contient une vision très séduisante de la religion. L’honneur projette les hommes dans une grandeur qu’ils n’ont pas naturellement et implique le dépassement de soi. Le Dieu de l’honneur est celui des héros, et parfois glisse vers l’idéal du surhomme, qui a tant fasciné l’Allemagne nazi, et avec elle le mépris pour ceux qui était considéré comme des sous-hommes. Le Dieu de l’honneur, qu’on peut représenter sous les traits d’un Christ aryen, sous ceux d’un leader charismatique et réputé visionnaire, ou en jouant avec les anciennes divinités germaniques, est celui de l’alchimie où la faiblesse humaine est sublimée dans une projection d’une race exaltée. La violence de cette religiosité devient même l’indicateur de la réalité de cette transformation. Le même raisonnement est applicable au totalitarisme en général : nazi, communiste ou islamisme violent. Même l’athéisme militant a dû mal à échapper à la fascination de cette exaltation. Le Dieu de l’honneur est souvent le reflet idolâtrique d’une grandeur à laquelle l’homme aspire et qu’il souhaite posséder.

 

Or « l’alchimie chrétienne »,- j’utilise à dessein ce terme un peu ésotérique qui conviendrait mieux à une loge maçonnique qu’à une église-, promeut la transformation de l’homme, mais sous un angle totalement original. Notre Dieu n’est pas le Dieu de l’honneur, mais le Dieu d’amour. La transformation de l’homme, autrement dit sa divinisation, s’appuie sur le commandement que Jésus rappelle si simplement aujourd’hui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». La voie de l’amour ne supprime pas le sens de la vérité ou de l’honneur, mais offre une voie particulière. Saint Jean dit dans ses épitres : « Dieu est amour ». La réalité trinitaire comprend la relation d’amour plénière et quand l’homme aime véritablement, à l’image de l’amour du Christ (« comme je vous ai aimés »), il participe à l’amour divin, il se rend semblable à Dieu. « L’alchimie » chrétienne prend pour modèle non pas l’ambition humaine mais la réalité divine. Le sens de l’amour se heurte parfois au sens de l’honneur, car il intègre la vulnérabilité et la fragilité humaine, alors que l’honneur ou la fierté obligent à une exaltation de soi. 

Il est singulier que ce commandement soit prononcé par Jésus quelques heures avant sa crucifixion. L’évangile selon saint Jean associe de manière étonnante la glorification de Jésus avec son abaissement sur la croix. C’est bien au cours du dernier repas que Jésus s’est ceint d’un linge et se mot à genou pour laver les pieds de ses disciples. Il associe la recherche de la grandeur chrétienne avec l’authentique sens du service et le réalisme que sans l’amour nous ne sommes finalement pas grand-chose. Saint Paul le comprend génialement dans son hymne à la charité : 

« 01 J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

02 J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.

03 J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. »

En conclusion, j’évoquerai l’image d’une gorge nouée par l’émotion que, je pense, nous avons tous vue il y a quelques jours. Elle exprimait ce style chrétien que nous avons reconnu dans les premières attitudes de notre pape Léon. Visiblement il n’était pas envoyé par le Dieu de l’honneur, mais recevait de l’Esprit saint une mission plus grande que sa personne pour témoigner que Dieu est amour.  

 

 

 

 

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