Homélie pour la fête de l'Épiphanie — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie pour la fête de l'Épiphanie

Homélie de l’épiphanie 2026 

Dans la littérature occidentale, l’orient constitue un axe merveilleux. C’est le lieu de l’initiation, des mystères et des secrets. Déjà dans la Bible, le sage et résilient Job est un prince de l’Orient, même pour les Hébreux. Les romantiques ont écrit autour des fameuses cités mythiques de l’est, qu’elles soient Samarcande qui conserve la trace du passage d’Alexandre de Macédoine ou Shangri-la coincée quelque part entre l’Himalaya et la Chine. Les mages sont revêtus de ce drap onirique qui a trouvé son chemin au long cours sur les voies de la soie. Magie, philosophie et initiation semblent accouchées de ce ventre immense de l’Asie et exercent à coups de fascination leur attrait sur les esprits. Les occidentaux en peine de spiritualité et acceptant mal l’idée de religion révélée ont conçu dans les cours allemandes et anglaises, puis françaises, les éléments fondateurs de la franc-maçonnerie en mélangeant des séquelles bibliques et cette fascination pour le « Grand-Orient ». L’architecture, la médecine, l’alchimie se sont fondues dans un amalgame théosophique qui cachait une sorte de pierre philosophale qui devait se substituer au rationalisme de la révélation chrétienne, qui tout acceptant le surnaturel battait en brèche l’ambiguïté d’un grand secret ésotérique. 

J’aborde la visite des mages à Jérusalem sous cet angle hypothétique qui fait d’eux des initiés et des ambassadeurs d’un syncrétisme intellectuel extrêmement séduisant. La géométrie céleste portait les arcanes du temps comme un immense ortho-repère mathématique dans lequel les destins humains étaient écrits. Leur venue à Jérusalem pour consulter les annales juives est une enquête dans la mémoire collective d’un peuple singulier. Il n’est pas sûr qu’ils cherchaient le Dieu unique et créateur. Il est possible qu’ils poursuivaient un indice supplémentaire dans leur quête de la connaissance humaine. Qu’Hérode les reçoive indique bien qu’ils jouissaient de la considération avec laquelle on révère les sages. « où doit naitre le Roi dont l’étoile s’est levée à l’orient ? » interrogent-ils. Je ne crois pas qu’il cherchait autre chose qu’un indice dans leur quête sapientielle. Hérode s’en émut avec Jérusalem, car malgré sa nullité religieuse, il  n’ignorait pas la signification de la naissance d’un roi qui serait le Messie et le danger politique qu’il représenterait pour lui.

Voici maintenant que ces maitres de la connaissance, sur laquelle on peut fantasmer à loisir, s’approche de la maison où l’enfant et ses parents se trouvaient. Nous pouvons supposer que se produit un basculement en eux, une sorte de révolution intellectuelle. Ce n’est pas une pierre philosophale qu’ils découvrent, mais la plus simple réalité humaine : une modeste famille juive. Ils illustrent dans ce revirement ce que saint Paul exprime dans sa première épitre aux Corinthiens : que la sagesse de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. Le très Haut a pris le contrepied de l’intelligence humaine, en élevant ce qui a peu de valeur aux yeux des hommes, « les mal-nés ». Dieu n’a pas abandonné ces mages, car loin de les frapper dans leur intelligence, il leur a permis au long de leur long chemin ce revirement. Leur agenouillement, leur prosternation, signifient leur reconnaissance. Les mystères divins n’étaient pas enfermés dans une connaissance initiatique, mais se révèlent à hauteur d’homme dans l’enfant-Jésus. Il est à portée de main et non pas enfermé dans telle école préservée dans les brumes des rêves orientalisantes. La reconnaissance est complète puisque les dons qu’ils apportent sont autant d’hommages qui valident la nature du Christ.

J’ai longtemps été sensible à ce rêve de la connaissance qui cherche d’autres voies que celle de la révélation. Nous sommes entourés dans la culture actuelle d’une formidable armature mystico-ésotérique et de nombreux contemporains, sans forcément y consentir un acte de foi, laissent leur perception du divin sassée dans cette écumoire. Bandes dessinées, films, recueils de développement personnel, ésotérisme, sont les échos modernes de la fascination qu’exercent les mages « les grands » en grec. De manière assez extraordinaire, saint Matthieu nous rappelle que leur science a été sauvée, car loin de se nourrir elle-même jusqu’à être engoncée, elle s’est ouverte dans un agenouillement devant Dieu qui s’est présenté à eux. Pas comme une énigme mais comme un petit enfant.      

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