Homélie du Dimanche 1er Décembre 2024 - 1er dimanche de l'Avent "C" — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie du Dimanche 1er Décembre 2024 - 1er dimanche de l'Avent "C"

Homélie du 1er décembre 2024

Au début du temps de l’Avent, les lectures semblent prolonger celles de la Fête du Christ Roi. Les allusions apocalyptiques sont nombreuses, si bien que je me suis moi-même interrogé sur le sens que cela pouvait avoir. Je dois aussi avouer que je me sentais un peu las quand j’ai découvert le peu de changement dans les lectures après avoir prêché plusieurs dimanches de suite sur la même thématique. Pour ne pas vous transmettre ce mauvais sentiment, je vais essayer de réfléchir ces textes dans une perspective positive et de tirer quels enseignements ils peuvent nous apporter en ces temps de préparation à la fête de Noël. La temporalité des textes nous conduit et nous oriente vers la conclusion de l’histoire humaine. La révélation juive et chrétienne enseigne que cette étape finale verra la venue glorieuse du Messie. Cette figure se rapproche physiquement des humains en ce qu’il est « Fils de l’homme » et demeure mystérieuse puisqu’il provient de Dieu. 

Le Messie, dispensateur des biens messianiques

Cette figure originale, ambivalente, est très suggestive. En tant qu’issu de Dieu, ou envoyé par Dieu, le Messie est annonciateur des bienfaits auxquels l’humanité aspire. La concorde universelle, la fin de la précarité naturelle et mortelle de l’homme, le recouvrement d’une vie plénière dont nous avons la nostalgie et l’espérance. En résumé, Les temps messianiques correspondent à une réconciliation plénière avec Dieu et la vie qu’il donne. Les tourments antécédents sont les conséquences des résistances que le péché et le mal opposent à ces temps et la tension perceptible dans les écrits suggère un dénouement définitif, remporté par Dieu et son Messie. Isaïe a de magnifiques versets sur cette réconciliation universelle, en décrivant notamment comment les animaux cesseront la prédation, comment Dieu rassemble l’humanité sur sa montagne sacrée dans un immense et succulent banquet. Les temps messianiques sont après l’épreuve reconnaissable à cela.

Certes, certains parmi nous pourraient déplorer l’utopisme ou l’uchronie des temps messianiques : on ne les rencontre nulle part ou ils n’ont jamais existé et n’existeront jamais. De nombreux athées, en effet, critiquent l’irréalisme de ces descriptions, ou leur nocivité parce qu’elles détournent l’homme du présent qu’il a à vivre vers une espérance si lointaine qu’elle est inabordable. Un athée très connu reconnaît que la religion peut agir éventuellement comme sédatif, et offrir à une humanité souffrante l’illusoire soulagement de l’opium. En sens inverse, les Juifs s’appuient sur cette description des temps messianiques pour remettre en cause les affirmations chrétiennes. En gros l’argument est le suivant : «  vous dites que Jésus est le Messie. Alors où sont les effets de la venue du Messie ? ». Les effets de la venue du Messie sont jusque là abordés de manière extérieure comme des biens à recevoir.

Cette description est pourtant insuffisante dans notre réflexion de ce matin. Il faut maintenant aborder e Messie dans les connexions qu’il entretient avec les Hommes. Dans la Bible, il synthétise des figures très diverses et parfois un peu incompatibles : Grand prêtre, Roi, Empereur païen (Cyrus), être céleste, Serviteur de Dieu, etc. Il a toujours une figure humaine, et se caractérise par sa rectitude et sa sagesse. Cette caractéristique suggère que les temps messianiques n’impliquent pas seulement pour l homme l’accès à un état de béatitude ou l’obtention de  biens extérieurs, mais aussi un renouvèlement de sa posture et de son attitude intérieure, au niveau de son cœur, de son âme et de sa conscience. De la même manière que les temps messianiques espèrent une réconciliation universelle au travers toute la création, ils espèrent cette réconciliation intime à l’intérieur de chaque être humain. Les prophètes parlent du renouvèlement du cœur, saint Paul de « progrès » et « de conduite qui plaise à Dieu », Jésus désigne le rejet des comportements qui alourdissent le cœur de l’homme ou le détourne de la garde qu’il doit tenir. Le Messie apparait alors comme un modèle humain, d’autant plus pertinent sur le renouvèlement du cœur de l’homme, qu’il leur devient semblable. Le messie de la fin du temps est glorieux et triomphant, et cette gloire et ce triomphe le figent et le rendent inaccessible. 

Ce besoin de renouvèlement « intérieur » ouvre une étape qui n’apparait pas dans le judaïsme. Le Messie n’est pas seulement celui qui conclura l’histoire en tant que juge et triomphateur. La foi chrétienne le reconnait en Jésus, comme celui qui se tient dans le cours de l’histoire, pour devenir le frère et le soutien des hommes dans leur conversion. Le mystère de l’Incarnation est indissociable de cette conversion. Les temps messianiques « chrétiens » ont une étape supplémentaire, celle du messie qui vient non pas à la fin de l’histoire humaine, mais au cœur de l’histoire humaine. 

Si l’on cherche dans le christianisme la réalisation immédiate des biens messianiques, on ne peut qu’être déçus, car l’histoire n’est pas encore achevée et Jésus n’est pas un raccourci qui nous extrait de la réalité. SI l’on cherche dans le christianisme le renouvèlement du cœur et l’acceptation du combat spirituel qu’implique ce renouvèlement, alors on ne peut qu’espérer, car avant que le monde n’entre tout entier dans les temps messianiques, nous pouvons en Esprit et en esprit y entrer.

 

 

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