Homélie du 14 septembre 2025 - La Croix Glorieuse
Homélie de la croix glorieuse
Aujourd’hui, mon sermon sera esthétique…
La gloire par l’amour : Du passé de la Passion jusqu’au présent de l’histoire humaine
Czestochowa est un grand lieu de pèlerinage en Pologne. Pendant la période communiste de longs pèlerinages y avaient lieu, en particulier dans le monastère de Jasna Gora, et concrétisaient la résistance d’un peuple fidèle à la machine totalitaire de l’état. Dans la basilique, on distingue du fond une icône de la Vierge Marie, qu’un bandit hussite a griffée il y a longtemps de deux coups de sabres ou de couteaux, laissant comme une double balafre sur sa joue droite. J’ai le souvenir de foules à genou souvent avec un cierge fin entre les mains la priant avec son divin Fils. L’icône de la Vierge était comme un reflet de l’âme polonaise et ses balafres comme les cicatrices d’une histoire douloureuse.
Si on s’éloigne de la nef de l’église du monastère, on accède par la droite à un escalier. Si on prend cet escalier, on accède à une galerie en mezzanine. A étape régulière, les grandes toiles d’un chemin de croix, 18 en tout, se succèdent au mur. Réalisées par l’artiste polonais Jerzy Duda Gracz, elles mêlent un style de bandes dessinées, le Christ et les représentations contemporaines de l’histoire tragique de la Pologne, des camps de concentration nazis aux prisons communistes. Jésus frêle et vulnérable porte sa croix et traverse des foules haves, blêmes et meurtries. Comme un feuille de papier plié en deux, le temps de Jésus et le temps de la Pologne se juxtaposent et unissent en un seul chemin de croix leur histoire. La représentation est dure, parfois frôlant la caricature, sans jamais être blasphématoire et révèle au contraire un immense respect pour le Christ. C’est une humanité blessée qui est représentée et l’artiste insiste sur l’unité présente entre la douleur du Christ et celle de la Pologne. Le gris des toiles s’assortissent avec un orangé de sang coagulé et Jésus apparait dans sa vulnérabilité. On parcourt la galerie plus en méditant qu’en priant.
Comme dans un chemin de croix plus conventionnel, il se produit un étrange phénomène. L’évocation des tourments du Christ s’estompe progressivement. Le filtre de la passion s’altère et se dissipe. Au bout de quelques stations, on perçoit l’adhérence de Jésus à la condition humaine. Sans même lire l’évangile d’aujourd’hui, on ressent une vérité décisive pour l’humanité : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils ». La croix est un instrument de torture épouvantable, et Jésus la transforme comme symbole de son amour. Il y met toute sa gloire, étymologiquement son « poids » en hébreu.
La gloire par la résurrection : Du présent de la Gloire divine au futur de l’humanité.
La croix est aussi glorieuse parce qu’elle porte celui qui inaugure la création nouvelle. A l’inverse de la représentation à laquelle je viens de faire référence, je vous invite à regarder la plupart des crucifix. Jésus est cloué sur la croix , mais souvent en dépit des instruments de la passion, il est représenté en majesté, voire dans l’état de ressuscité. Quelques stigmates de la passion peuvent demeurer, Jésus semble plutôt endormi, royal et majestueux. Parfois, notamment sur des crucifix romans, il est habillé d’une tunique blanche et d’un manteau rouge, et ceint au front d’une vraie couronne et non d’épines. Ces crucifix ne sont pas réalistes mais expriment une grande vérité : l’homme des douleurs est le même que le Pantocrator, celui qui a reçu la royauté par son obéissance et son service. Le crucifix amalgame à son tour deux perceptions du temps, le présent du Christ et notre futur, et nous permet d’orienter nos regards au delà de notre mort. La croix dressée sur le monde, la croix de Jésus Christ, devient comme une borne millaire, de celles qui s’échelonnaient sur les routes romaines. Elle n'indique pas le chemin de Rome, mais celle du Ciel.
Notre-Dame d'Auteuil