Dimanche 15 Juin Fête de la Sainte Trinité — Notre-Dame d'Auteuil

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Dimanche 15 Juin Fête de la Sainte Trinité

Homélie de la sainte Trinité 2025 

Les prédicateurs hésitent souvent à s’engager dans les méandres théologiques de la Trinité, de peur de perdre leur auditoire et certainement aussi de s’y perdre eux-mêmes.  

Régler la lunette : deux éléments à prendre en compte 

La première grande difficulté tient à un effet perturbateur qui provient de deux réalités : la première est la création, qui mécaniquement met Dieu un peu à distance, puisque Dieu et la création sont distinctes. Ainsi aucune créature n’est une partie du divin, et Dieu n’est pas la somme des êtres qui existent. Nous pouvons être en relation avec Dieu, tenir notre existence de lui, être portés dans la vie, le mouvement et l’être par lui, comme le disait saint Paul aux Athéniens. Nous ne sommes cependant pas divins par nature. Cette distinction introduit une distance entre la création, et chaque créature qui la compose d’une part et Dieu d’autre part. C’est la caractéristique fondamentale du monothéisme. S’il n’y avait pas cette distance, nous serions en plein panthéisme : Dieu est dans tout, et réciproquement. 

La seconde réalité est l’incarnation. L’incarnation strictement comprise est la présence personnelle de Dieu dans la chair humaine, et partant dans la condition humaine au travers d’un homme. Dans le Christianisme, il s’agit de Jésus de Nazareth. Au sens large, l’Incarnation désigne le fait pour Dieu de s’approcher de l’instant et du lieu. Si on considère Dieu comme un être primordial universel et éternel, alors il y a un petit exercice à faire pour ne pas lui dénier la possibilité de se manifester dans un endroit donné à un moment donné. Par exemple Dieu peut parfaitement être partout à la fois (ubiquité) et pourtant se manifester particulièrement à quelqu’un : par exemple à Abraham pour lui faire une promesse, ou à Moïse au buisson ardent. La particularité de l’Incarnation ne remet pas en cause l’universalité de Dieu. Cependant si Dieu assume totalement la condition humaine, il va arriver une conséquence quasi-mécanique : quand Jésus parlera du Père ou au Père, comme il appartient à un lieu et à un endroit donné, nous aurons le sentiment qu’il s’agit de deux êtres distincts. Comme Jésus utilise des allégories, en théologie on appelle cela des analogies, pour parler de Dieu, on pourrait s’imaginer le Père sous des traits humains, souvent d’homme âgé, renforçant l’idée qu’il existe deux dieux distincts, voire un troisième si l’on rajoute l’Esprit saint. L’incarnation donne l’impression de 3 êtres distincts, certes unis, mais composant une triade, plus qu’une Trinité. 

La Trinité éternelle 

Or il faut accepter d’aller au-delà du filtre de création et de l’Incarnation pour saisir ce qu’est la Trinité. Il n’y a évidemment qu’un seul Dieu unique, une seule existence, une seule essence, une seule puissance. C’est parce que Jésus parle et prie dans une position d’homme, qu’on oublie que sur le plan divin, il est consubstantiel au Père. Mais si l’on fait abstraction de cela, les termes de Père, Fils et Saint Esprit désignent substantiellement des relations que Dieu est. En tant que Père, Dieu est un total don de lui-même ; en tant que Fils, il est celui qui tout accueil ; en tant qu’Esprit, il est communion d’amour. Ces relations ne sont pas de relations entre 3 personnages, mais celles qui sont constitutives de l’essence divine. Elles ne sont pas successives, mais pour prendre un terme mathématique bijective. Dieu n’est pas d’abord Père, puis Fils, puis Saint Esprit : il est substantiellement ces trois relations. Quand saint Jean proclame dans sa première épitre : « Dieu est amour », il se réfère à cette réalité fondamentale et éternelle. L’incarnation du Fils éternel et l’action de l’Esprit Saint visent finalement à révéler et à faire participer l’homme à cette réalité propre à Dieu.  

Impact fondamental de la Trinité 

La compréhension du mystère de la Trinité est décisive car elle repose sur une posture rationnelle fondamentale : La toute-puissance de Dieu ne se fait pas au détriment d’un lien entre la raison divine et la raison humaine. Cela veut simplement dire que Dieu n’agit pas de manière arbitraire ou irrationnelle parce qu’il est Dieu. Il existence une instance, la sagesse, qui proclame que la raison divine et la raison humaine sont capables de compréhension mutuelle. La rationalité que je découvre dans la nature est en connexion avec la rationalité divine. C’est le but de la science de la découvrir, de la philosophie de la comprendre, et celui de la foi de la suivre pour atteindre Dieu. Aussi un élément aussi important dans la divinité que ces relations trinitaires à un impact sur la perception que j’aurais du monde. Si je m’arrête à contempler la relation d’amour qu’est Dieu, alors je pourrai concevoir qu’il s’agisse de la réalité la plus constitutive de notre monde, au moins autant que d’exister. C’est toute notre philosophie de l’histoire, notre métaphysique, nos schémas psychologiques, éducatifs et culturels que nous devons reprendre à frais nouveau.  

Ce sermon nous conduit à régler la lunette pour nous approcher de la Trinité, à saisir que dans son être propre Dieu est l’unique et relations, enfin que la foi et la raison nous portent à réfléchir notre existence en comprenant que la Trinité est le modèle de tout amour et de toute relation. 

 

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