Jeudi 29 mai 2025 - Fête de l'Ascension du Seigneur.
Homélie de l’Ascension 2025
Pour expliquer le sens de cette fête de l’Ascension, je vais m’appuyer sur une comparaison, que j’établis entre Moïse et Jésus. Bien que près de 1 500 ans séparent ces deux hommes, ils partagent des points communs. C’est Moïse qui est le guide du peuple d’Israël lors de la première Pâque, quand le peuple d’Israël, nos ancêtres dans la foi, a fui la main oppressive de Pharaon et s’est lancé dans le désert en quête de la Terre promise par Dieu. C’est Jésus qui conduit l’Eglise dans sa propre Pâque au travers des ravins de la mort pour la conduire à la vie éternelle. Les évangiles nous racontent comment ces deux hommes se sont rencontrés avec Elie lors de la Transfiguration quand la gloire de Dieu nimbant Jésus a replié le temps et la séparation entre vivants et morts.
Dans la Torah, le dernier livre de cet ensemble qu’on appelle le Deutéronome, constitue une sorte de testament spirituel de Moïse. Il parle au peuple qu’il a conduit pendant quarante ans dans le désert et lui rappelle ce qu’ils ont vécu. Dans ce livre on trouve de magnifiques passages, dont la grande prière juive, toujours dite aujourd’hui, « Ecoute, Ô Israël », - « Schema Israël ». Ce qui est intéressant dans ce livre aujourd’hui pour nous chrétiens, est que Moïse est à la fin de sa vie, et s’apprête à achever sa mission pour la confier à son successeur Josué. Il n’est pas en Terre promise, mais juste à côté, sur le mont Nébo, qui se trouve dans l’actuelle Jordanie. Alors qu’il parle, ou qu’il écrit, il contemple devant lui ce grand pays, riche et fertile, d’où coulent le lait et le miel. Ses yeux voient l’horizon et devine par-delà des contrées qu’il ne peut pas embrasser du regard. Le vieillard qu’il est maintenant cherche à saisir par delà du paysage visible, d’autres lieux et puisqu’il n’entrera pas en Terre promise, d’autres époques, un avenir qu’il a servi, mais auquel il ne participera pas. Moïse est un modèle car il conduit un peuple vers un lieu de bénédiction dont il ne goûtera pas le fruit. Il est l’exemple même du bon Israélite, de l’homme juste, qui a peiné toute sa vie pour d’autres avant lui-même. Son horizon à lui, c’est la Terre sainte et la bénédiction des générations à venir. Il est le prophète des hommes qui marchent dans le temps de l’histoire et des générations et son regard horizontal dirige le notre sur la place que nous devons tenir dans notre monde, en hommes et femmes religieux et conscients de la providence de Dieu.
Lors de l’Ascension, Jésus est comme Moïse sur le point d’achever sa première venue, dans la chair, dans la mort et dans la résurrection. Si je le compare à Moïse comme un acteur éminent de l’histoire sainte, je reconnais en lui non pas un prophète venu dans le temps de la providence divine, mais comme le Fils unique de Dieu, celui qui devait venir pour consacrer l’Alliance nouvelle et éternelle. Il est resté ressuscité quarante jours avec ses disciples comme Moïse quarante ans au désert. Il est maintenant sur le mont des Oliviers, une montagne. Pourtant contrairement à Moïse, son regard ne tourne pas sur les limites de l’horizon. La verticalité de son ascension le fait accéder directement par-delà du voile qui sépare la terre des hommes du ciel de Dieu. Moïse laissait à un autre de continuer sa mission. Jésus ouvre la voie du ciel à l’Eglise. Certes Elle aura comme les Israélites à parcourir les siècles, mais son chef la relie déjà au ciel. L’Ascension ne nous dispense pas de partager avec les autres hommes le pèlerinage dans le temps et l’histoire, mais le but de notre pérégrination est déjà présent. Comme une navette de tisserand, l’Ascension marque la présence de l’humanité dans le ciel, par la présence du Christ auprès de son père, et le don de l’Esprit saint à la pentecôte dans un mouvement descendant marque la présence de Dieu dans l’Eglise. Ainsi se tisse la nouvelle Alliance.
Cette comparaison de Jésus avec Moïse montre combien ce dernier avait préparé prophétiquement le sens de la venue du Messie. Elle montre aussi combien la verticalité spirituelle de l’Ascension se distingue du testament de Moïse. L’enseignement que nous devons tirer de cela est la nature complexe de l’Eglise. Elle ne s’extrait pas de la condition humaine et l’Ascension du Messie n’est pas une échappatoire. Pourtant elle est la porte du ciel, pas simplement pour la fin des temps, mais pour aujourd’hui. La saine humilité que nous devons cultiver est le fruit de la conscience de ce mystère. Comme des vases d’argile nous portons un mystère plus grand que nous.
Notre-Dame d'Auteuil