Homélie du dimanche de la Divine miséricorde
Homélie du dimanche de la miséricorde
Réalisme psychologique et vérité mystique
Saint Jean ne donne pas beaucoup d’informations sur les circonstances de la rédaction de son Apocalypse. Comme Patmos est une île de taille réduite et comportant un mine, un bagne pour les proscrits et que Jean souligne qu’il s’y trouve partageant la détresse de ses destinataires, à cause de la Parole de Dieu, cela indique qu’il est probablement prisonnier. Le simple fait qu’il puisse communiquer avec l’extérieur démontre l’étrangeté du régime carcéral de l’Antiquité, où les aides extérieures étaient possibles. Même un vieillard comme Jean pouvait survivre dans cet enfer tant qu’il était soutenu par un réseau de frères qui sans doute soudoyaient les geôliers et créaient autour de lui un cercle de protection. Pour autant, le régime était sans doute rude, et la fragilité du vieillard de Patmos patente. La sévérité de ce régime et l’isolement ont dû altéré ses fonctions cognitives et le rendre plus sensible à certains états mystiques, comme la vision, comme certains prophètes de l’Ancien Testament. Les changements psychologiques ne sont pas seulement l’explication athée aux expériences mystiques, ils peuvent se conjoindre à une véritable expérience spirituelle.
Le temps chrétien entre deux pôles.
Je me base donc sur l’authenticité de cette vision et de l’inspiration qui habite sa description par écrit. La sensibilité de saint Jean, avec les éléments de sa propre mémoire, va servir de réceptacle à cette manifestation de Jésus. Bien que les apparitions de Jésus ressuscité aient eu lieu des décennies auparavant, jusqu’à son Ascension vers le Père, il revient visiter ce vieux compagnon de route, ce disciple qu’il aimait dans sa grande vieillesse. Après la résurrection, Jésus apparaissait le même et bien en chair et en os, puisqu’il demandait à être nourri et à être touché. Il semblait aussi transformé, puisqu’il était parfois méconnaissable et semblait pouvoir être à plusieurs lieux à la fois. Dans la vision de l’Apocalypse, il apparait encore plus transformé : les attributs de la vision céleste du Fils de l’homme du prophète Daniel sont repris, ses vêtements sont à la fois sacerdotal et royal. Il énonce ses titres de vainqueur à Jean (premier/dernier, le Vivant, les clefs de la mort). Cette vision nous apparait donc comme une amplification des apparitions de la résurrection, comme si la polarité du temps s’était inversée. Avec les Evangiles, la passion et la mort de Jésus reste en toile de fond, avec l’Apocalypse, la polarité bascule vers le Royaume de Dieu comme réalité sous-jacente.
Saint Jean se retrouve inséré entre ces deux temps de la victoire du Christ et par contraste les épreuves de la Terre apparaitront avec d’autant plus de force. On peut comprendre la description des malheurs et des calamités au travers de ce contraste. Je ne m’y arrêterai pas. Aujourd’hui ce qui est intéressant est de comparer cette expérience de Saint Jean avec celle des disciples au lendemain de la résurrection et celle de Thomas une semaine après. On s’aperçoit qu’elles sont marquées pour les premières par la polarité de la résurrection. Jésus revenu d’entre les Morts ne se comporte pas comme une Nemesis, mais a des mots de paix pour rassurer ses disciples et il accepte de confronter saint Thomas à ses propres doutes. Saint Jean, sans doute aussi parce qu’il est un vieillard usé, revoit Jésus aux portes de son Royaume, et non aux portes du Tombeau, dans cette autre polarité du temps.
L’agir chrétien
La position de saint Jean est très clairement partagée par l’hymne aux Philippiens :
08 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
09 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.
Cette conjonction nous amène à comprendre que notre temps de Chrétien est inscrit entre ces deux manières de considérer le Christ. « Les derniers temps » dont parlait souvent le Seigneur sont en quelque sorte tendus par le Ressuscité et le Vainqueur. Si nous estimons que nos actes ont une cohérence, qu’ils sont orientés vers une finalité, alors viendra un moment où comme Chrétien, nous rencontrerons inévitablement cette exigence : En quoi ma manière d’agir est-elle marquée par la présence du Ressuscité dans ma vie ? En quoi est-elle mue par l’espérance, que le Christ est vainqueur ?
Il ne faut pas s’étonner que celte ne soit pas compris par tous, du moment que cela l’est pas le Christ.
Notre-Dame d'Auteuil