Homélie du Dimanche 5 Octobre 2025
Homélie du 5 octobre
Je vous propose de lire l’exemple de Jésus sur l’arbre qui va se planter dans la mer de manière littérale. De manière symbolique l’arbre, symbole de la croissance du royaume de Dieu, va avec ses petites racines musclées se planter dans la mer, symbole de la mort. Une lecture poétique serait malencontreuse et affadirait le propos de Jésus. Jésus décrit un miracle insensé et extravagant, si on considère qu’il entend que réellement il puisse avoir lieu.
Conviction et crédibilité
Je crois qu’une petite précision s’impose sur le terme « avoir la foi ». En règle générale, nous comprenons la foi comme une attitude qui fait que nous croyons en une chose. On l’assimile souvent à ce qu’on appellerait un sentiment religieux, une sorte de motion intérieure qui nous fait reconnaitre la révélation divine, et à laquelle nous nous confions. La foi est souvent assimilée à la confiance en Dieu. Cela n’est pas faux mais ne couvre pas la totalité du domaine recouvert par la foi. On peut compléter l’idée de confiance avec celle de la crédibilité. On change de braquet. Ce n’est pas seulement l’objet de notre foi qui est amené à être digne de confiance, mais aussi le sujet croyant. Dans l’épitre aux Hébreux comprend que Jésus, comme homme de foi, est « digne de confiance, digne de foi », C’est une inversion de point de vue. L’homme de foi n’est pas seulement celui qui croit intensément, mais celui qui est crédible au nom de cette foi. On se déplace de la compréhension subjective (ce que je ressens) à la perception objective (Suis*je un homme de foi crédible ?). Autrement dit, suis-je suffisamment crédible pour Dieu, suffisamment digne de confiance pour qu’il exauce une demande, même extravagante ?
Ce changement de perspective n’annule pas la compréhension classique de la foi, mais l’enrichit d’une autre perspective. Je vous invite à considérer la foi comme une adaptation de notre être à Dieu. L’homme de foi, l’homme crédible, est alors susceptible d’être exaucé, précisément parce que sa demande, aussi extravagante puisse-t-elle paraitre, provient d’un être en lequel Dieu peut avoir confiance. Pour dire les choses autrement, la foi ne repose plus seulement sur notre volonté de croire, mais sur notre crédibilité aux yeux de Dieu. Nous déplaçons de cette attitude un peu puérile qui fait que plus nous bandons notre volonté, plus le miracle aura lieu. Peut-être avez-vous déjà vu avec amusement ces enfants, qui pensaient comme Luke Skywalker être capables de déplacer des objets par télékinésies. Ils ferment les yeux, froncent les sourcils et étendent leur main vers leur ourson en peluche, espérant le soulever de la bordure de leur lit à trente centimètres du sol. Dans le cas de l’arbre, celui-ci ne se plantera pas dans la mer, à cause de l’intensité de mon désir mais à cause de ma crédibilité qui incline Dieu à transgresser les lois de la nature. C’est bien comme cela que je comprends comment Jésus peut effectuer des miracles tout en étant pleinement humain. Les miracles ne sont pas produits par un demi-dieu, au pouvoir cachés, mais par un être humain. Jésus est réellement « crédible » auprès de son Père au point que Celui—ci exauce ses prières. Cela étant dit, je me hâte de préciser une difficulté dans l’évangile de Saint Luc. Il relève en effet souvent que quand un miracle a lieu, une force sort de Jésus, comme un flux intérieur à sa personne. Je reconnais n’avoir pas encore résolu cette contradiction…
Une puissance qu’il ne faut pas sous-estimer
Imaginons maintenant qu’un homme dispose d’une telle crédibilité aux yeux de Dieu, comme Jésus l’a eue. Vous connaissez certainement le proverbe latin : corruptio optimi pessima. La corruption de ce qui est le meilleur entraine les pires choses. Si un homme jouissant d’un tel crédit s’en enorgueillissait, l’homme de foi agirait comme un magicien, un gourou. Jésus rappelle la sévérité de la condition du serviteur par rapport au maître. En matière spirituelle, le pouvoir est si puissant, puisqu’il émane de Dieu lui-même que le réalisme et la lucidité impliquent de ne jamais confondre notre condition avec celle de Dieu. J’ai été longtemps heurté par l’exigence du Maître à l’égard du serviteur qui a travaillé toute la journée au labour ou au cul des vaches. Que se passerait-il si un homme qui peut invoquer la puissance de Dieu ne se rappelait pas constamment que ce pouvoir n’est pas le sien et qu’il n’en est que le serviteur. « Être de simples serviteurs » n’est pas ainsi une sorte dénigrement de soi, mais une mise en garde adressée aux disciples de ne pas confondre leur crédibilité auprès de Dieu avec la puissance de Dieu. Rappelez vous comment Jésus reprend les disciples quand ils prétendent faire venir le feu du ciel sur les Samaritains qui les avaient mal accueillis. On peut prendre aussi comme exemple Satan, supposé être le plus beau des anges, et qui s’est refusé à servir : « Non Serviam », « Je ne servirai pas », et qui s’est infatué de lui-même.
Qu’en conclure de cet évangile ? Il nous confronte à un pouvoir que nous sous-évaluons souvent et à l’attitude qui nous permet d’y participer. Le Chrétien possède un grand pouvoir quand il s’y dispose, mais comme dit Peter Parker dans Spiderman : « un grand pouvoir entraine de grandes responsabilités ».
Notre-Dame d'Auteuil