Homélies pour le triduum pascal 2025 - Jeudi, vendredi et samedi saints. — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélies pour le triduum pascal 2025 - Jeudi, vendredi et samedi saints.

Homélie pour le jeudi saint

Le dernier repas scelle généralement la fin d’un temps, d’une époque. Le fiancé obéit aux traditions de l’enterrement de vie de garçon, à la mode de l’enterrement de l’alcool dans les boites newyorkaises ou de Chicago au début de la prohibition. Jacques Brel chantait le « dernier repas » à la mode sardanapalesque d’un homme qui veut une dernière fois jouir de la vie et de ses souvenirs avant de disparaître. Le dernier repas est crépusculaire et retient le temps des libations un temps qui ne sera plus. L’amertume et la solennité, la dernière jouissance et les toasts marquent la fin d’un cycle et finalement prélude la mort avec la ténèbre qui la drape.

Or la sainte Cène n’est pas un dernier repas, elle est un premier repas. Vous avez sans doute remarqué que le repas pascal est un mémorial à l’envers puisqu’on y célèbre un évènement et une époque qui ne sont pas encore arrivés, la libération de la main de Pharaon. L’Evangile effectue une révolution complète du temps et des rites en les réorientant non pas dans la résurrection d’un temps passé, mais vers l’anticipation d’une réalité à venir. Les Hébreux n’étaient pas libérés quand ils célébraient leur émancipation durant le repas et Jésus n’était pas ressuscité quand il donnait son corps et son sang, mystérieusement contenu dans le pain et le vin en boisson et en nourriture.

De même le lavement des pieds n’est pas un hommage nostalgique que devront se rendre les disciples en souvenir du charisme de leur maître et Seigneur, mais la redéfinition de ce que c’est être un roi. Jésus révolutionne la notion de royauté en étant celui qui sert. Il est aussi celui qui communique à ses proches les secrets du royaume, plutôt que de les taire. Le repas pascal du Seigneur est donc résolument orienté vers une réalisation à venir plus que vers une réalité passée. En ce sens, nous vivons dans un paradoxe heureux de vivre dans une foi qui accepte l’héritage et la transmission des membres de l’Eglise qui nous ont précédés, mais qui use de cette tradition pour une avenir marqué par les arrhes de la résurrection.

 

Homélie du vendredi saint

Le motif de la condamnation de Jésus est bien la prétention qu’on lui attribue d’être le « Roi des Juifs ». En tout cas, c’est celle que soutient Ponce Pilate, qui ne semble pas concerné par la prétention messianique et divine de Jésus. Comment un romain pourrait-il faire une distinction, quand César Tibère est déclaré « fils de Jupiter » ?

Pilate se moque des Juifs en exhibant l’un des leurs sur une croix, et en l’ayant transformé en roi dérisoire et pitoyable. Le représentant de la Pax Romana fait sentir le mépris qu’il a pour ce peuple qu’il juge difficile à gouverner, tellement orgueilleux de son élection, indocile dans son obéissance, susceptible dans l’observance de sa loi et si stupidement attaché à un Dieu unique. Ces sentiments que je suppose chez Pilate dépouille Jésus, qui est effectivement le Roi-Messie, de toutes les prérogatives qui sont attachées à ce statut. La domination se mue en passion, la gloire en outrages, le jugement en condamnation. Jésus semble renoncer à tous les droits de roi, ou encore à subir la caricature cruelle. 

Il semble se conformer à un autre rôle : celui de prêtre. Pas n’importe quel prêtre, mais il est grand prêtre éternel, à côté duquel les autres sont soit des préfigurations, soit des reflets, soit des imposteurs. Le roi laisse sa couronne, et revêt l’étole de la croix sur ses épaules. Il apporte à notre Père céleste l’hommage du pain en son propre corps et celui du vin en son propre sang, comme le préfigurait notre ancêtre Abraham quand il rendit cet hommage à Melkisédeq. Le manteau de pourpre est laissé au pied de la croix pour être tiré au sort, et Jésus porte sa nudité comme la chasuble du culte qu’il rend. Le Christ n’a rien d’autre que lui-même, que sa souffrance, que son amour pour son Père et pour les hommes, comme ultime offrande. Et consommée sur l’autel de la croix, cette offrande est agréée, acceptée, par delà le voile de la mort. Dieu voit en Jésus l’homme qui s’offre tout entier à lui, quand nous voyons en Jésus Dieu qui nous réconcilie de tout son être à nous.

Jésus a échangé la gloire des siècles pour la gloire de l’éternité, la puissance sur les nations pour la victoire sur la mort, les attributs de la  royauté pour la réalité du sacerdoce.

 

Homélie de la Vigile pascale :

Les nombreux baptêmes que nous vivrons cette nuit seront plus éloquents qu’une homélie. La réalité dépasse les mots.

Lors du troisième scrutin, j’avais l’occasion de vous dire que devant la tombe de Lazare, Jésus s’était tenu à l’extérieur et avait appelé son ami sans entrer dans le sépulcre. De manière littérale et de manière symbolique, Jésus s’est tenu sur les rives de la mort, mais ne les avait pas encore traversées. Nous l’avons suivi et comme Moïse pénétrant entre deux eaux avec les Fils d’Israël au cœur d’une mer qui se dressait en deux murailles, Jésus de même dans le mystère de la mort. Ce samedi saint, son corps a été étendu sur la banquette de pierre, et drapé des linges mortuaires, calme et au repos. Caché aux regards des hommes, il demeure dans l’obscurité tandis que son âme descend rencontrer celles des défunts qui attendent le signe de la résurrection. Il saisit nos premiers  parents et avec eux, tous ceux qui attendent la vie éternelle et qui se soumettent au jugement de Dieu.

Quand Jésus sort du tombeau, à sa propre résurrection, il transforme la finalité même d’une tombe. Elle ne constitue plus un élément de nécropole, duquel les âmes attendent leur dissolution dans l’Hadès ou le Schéol, dans une vie qui se dissipe progressivement, et que les vivants cherchent à ralentir par leurs offrandes. En dehors du christianisme, la tombe est souvent douloureuse. Elle mange les corps (littéralement ,sarcophage ), les pleurs, les regrets, les nostalgies. Les âmes en peine cultivent la noirceur du deuil, et succombent dans leurs langueurs gothiques à la fascination du funambule pour le vide. Dans le christianisme La tombe est le marchepied du ciel. En effet c’est du saint Sépulcre que le Vivant est sorti et la tombe atteste par la croix qui y est dressée ou figurée, que le Christ a visité notre propre mort. Elle attend l’accomplissement des promesses de Dieu et en quelque sorte elle atteste de cette espérance tant pour les morts que pour les vivants.

Cette nuit, chers frères et sœurs catéchumènes, vous serez ensevelis avec le Christ dans les eaux, et avec lui, comme à sa résurrection, vous naissez à une vie nouvelle.

 

 

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