Homélie du Dimanche 25 Janvier 2026 - 3ème du Temps ordinaire
Homélie du 25 janvier 2026
Que choisir ce dimanche : conclure la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens, entrer dans les recommandations des diocèses de notre province ecclésiastique en soulignant la place des catéchumènes et des néophytes dans nos paroisses, ou mettre en valeur la Parole de Dieu comme l’a institué le pape François ? J’oubliais, c’est aussi le dimanche de collecte pour les séminaires. Le pauvre prêtre de paroisse ressemble à un vieux pêcheur, pipe au bec et casquette vissé sur la tête, qui n’a pris garde que plusieurs courants marins confluaient vers son chalutier et le ballotaient selon leurs caprices. Il ne sait ni où jeter le chalut, ni dans quelle direction tourner la barre. C’est pourquoi je suis resté longtemps irrésolu sur l’angle à aborder aujourd’hui pour commenter les textes de la liturgie.
Jésus s’est installé à Capharnaüm et en fait un point de départ de son ministère publique. Le rivage du Lac de Tibériade procure un nœud de communications et d’échanges puisqu’y converge de nombreuses routes qui profitent de ses eaux pour, étancher la soif des caravanes qui la parcourent, et de ses fourrages pour refaire les forces des bêtes de bâts, chargées des marchandises qui viennent parfois de très loin, jusqu’aux confins des routes de la soie. Saint Matthieu semble confirmer la pérennité de ces routes qui avait déjà frappé Isaïe des siècles auparavant. La Galilée apparait comme un creuset des races et des langues. A peine à une journée de marche, Jésus peut rejoindre le sanctuaire païen de Banias, dédié au Dieu Pan, comme son nom l’indique, quand le Jourdain est encore jeune et tumultueux, se rendre à la ville de colons romains, Césarée de Philippe. A l’Ouest, la Galilée où il a grandi, à l’est, les collines d’Arbel annoncent les territoires de la Décapole qui ne sont pas particulièrement juifs. La géographie, quand elle s’adapte aux ressources naturelles, offre des constantes qui perdurent au travers du temps. Il semble que la prophétie d’Isaïe conserve sa pertinence à l’époque du Christ. Isaïe est un prophète sensible à l’universalité de la religion hébraïque. Le peuple élu est particulier, mais il ne réduit pas à lui-même l’humanité. Avec une saine conséquence logique, Isaïe comprend que l’Alliance que Dieu conclut avec Israël ne ressemble pas à la religion des autres peuples. Leurs dieux sont attachés à leurs nations et constituent autant de totems tribaux. Or le Dieu d’Israël est le Dieu du Ciel et de la Terre, et sous le soleil qu’il fait lever sur tous, Juifs et Païens appartiennent à la même descendance d’Adam et de Noé.
Par ailleurs Isaïe porte sur le paganisme le jugement rude du monothéisme. Isaïe n’est pas un naïf. Il connaît déjà dans son propre peuple les apostasies des rois de Juda quand ils se laissaient séduire par l’idolâtrie, et les hypocrisies des puissants de Jérusalem quand ils prenaient le culte comme paravent de leurs iniquités. Il sait aussi reconnaître l’égarement des Païens et les ténèbres des mythologies païennes et de leurs cultes qui les détournent du culte au seul Dieu vivant et vrai. Le génie des prophètes consiste qu’ils ont compris que Dieu n’est pas le maître des élégances de la mort, ou un de ses intendants combien même il pourrait la suspendre ou la tromper. Il n’est pas Anubis, Hadès, ou Koré-Perséphone. Sur les dieux païens plane aussi l’ombre de la mort, car eux-mêmes peuvent y succomber. Or le Dieu révélé à Israël est la seule source de la vie. Le connaître, c’est vivre en plénitude et subvertir la mort.
Le point de départ de la mission de Capharnaüm, « Village de Naüm » littéralement, et sans doute municipalité-caravansérails, inscrit la mission de Jésus dans l’élan universaliste annoncée par Isaïe. Jésus assume le symbolisme de l’oracle d’Isaïe rappelé par saint Matthieu. Le point de départ parle de lui-même et donne son contour à ce qu’il vient accomplir. L’appel des premiers disciples, tous pêcheurs, aussi impromptu et soudain qu’il paraisse, souligne l’importance de cette tâche. André et Simon sont en plein pêche ; Jacques et Jean entretiennent leurs filets avec leur père. Quel étrange moment choisi par le Rédempteur pour appeler et constituer les premiers jalons du collège apostolique, structure fondatrice de son Eglise. Comme Jésus annonce le « Royaume des Cieux », nous devons comprendre qu’il désigne pas la réalité des empires qui se succèdent, mais de la permanence du royaume vivant de Dieu. Les prémices de l’Eglise s’inscrivent dans ce mouvement décrit par Isaïe.
Je laisse à votre réflexion de choisir parmi les grands thèmes abordés par l’actualité ecclésiastique lequel répond mieux au commentaire que je vous ai proposé. A part pour quelques tâches très matérielles dans lesquelles j’ai du mal à trouver un sens profondément spirituel, ce commentaire peut inspirer la plupart des choses que nous accomplissons.
Notre-Dame d'Auteuil