Homélie du dimanche 1er Février - 4ème du Temps ordinaire — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie du dimanche 1er Février - 4ème du Temps ordinaire

Homélie du 01 février 2026

Jésus est magistral : il s’assied, ouvre la bouche et s’adresse à la foule comme à ses disciples. Ce qu’il s’apprête à dire avec autant de dignité et d’autorité est une révélation, une entrée dans la fibre même de l’existence et de la vie. Il faut en peser toute la densité pour la délivrer de sa gangue apparente.

Je pense que cette gangue peut avoir deux aspects

Par esprit critique, nous pourrions nous interroger sur la pertinence des Béatitudes. Les tensions actuelles dans le monde, en Iran en particulier ou les méthodes de négociation internationale contredisent l’efficacité du discours du Christ. La lutte des classes, la lutte des peuples ou des économies offrent des axes d’analyse qui ont largement séduit les esprits et semblent constituer la clef de l’histoire. Le fidèle du Christ ressent parfois une tension dans son intellect entre l’accueil bienveillant qu’il accord à l’autorité du Maître y compris de cette magnifique harangue, et un sens réaliste de l’histoire marquée par le rapport de force et la lutte. Eventuellement peut-il concéder au plan individuel l’adoption de la non-violence comme principe éthique. Par ailleurs, la critique nihiliste accorde souvent aux Béatitudes d’être l’hymne des faibles ou des frustrés de ceux qui n’ont pas la force de se battre, en somme des lâches, et qui s’accordent une espérance en se confiant dans les rétributions futures qu’annoncent Jésus. Elles appartiennent à un avenir indéterminé suspendu entre les réparations d’une justice immanente et le temps de l’éternité. Ces deux types de critique, l’une historique et l’autre psychologique et morale, configurent les esprits plus que nous ne pourrions l’imaginer et peut inspirer une sorte de réticence, voire de répulsion contre le Christianisme. 

Ce qui est frappant dans ces deux approches est qu’elle relève toutes deux de modes de pensée moderne. La première s’inscrit très bien dans le matérialisme historique et la dialectique du maître et de l’esclave. La seconde justifie le désir et la convoitise comme moteur du progrès. L’ultra-libéralisme, - je pense au discours de Gordon Gekko dans le film « Wall street » dans lequel il fait sans aucun embarras l’apologie de l’avidité- promeut une attitude radicalement volontariste et conquérante comme moteur de la vie. La somme des avidités activent la main invisible de l’économie et lui donnent son élan. Les deux aspects confrontent l’homme à sa volonté de puissance et à une sorte d’expansion de lui-même.

Une vision rétrograde ?

Les Béatitudes sont rétrogrades par rapport à ces deux tendances. En effet l’attitude de l’homme des Béatitudes qui est évidemment Jésus semble s’appuyer sur le dernier commandement du décalogue : « Tu ne convoiteras pas », ce qui revient à dire  « tu ajusteras ton désir à ce qui est juste et bon ». La violence et l’avidité se justifient souvent ultimement par la satisfaction de mon désir. La prédation, l’addiction, l’enflure de soi-même se justifient par un désir, ou un besoin, qui n’est plus contenu. Le drogué n’échappe plus à son accoutumance, le vaniteux à ce besoin de tout ramener à lui et d’être en permanence le centre du monde, et le prédateur obéit aux besoins impérieux de ses pulsions sans distance avec la réalité. Si nous prenons chacune des béatitudes, nous pouvons observer le double travail de la tempérance choisie et de la confrontation aux débordements des autres : dans la douceur, le sens de la justice, l’endurance dans la persécution. Ce double travail n’est pas spontané car il exige souvent des renoncements, des corrections, des reprises et des relèvements et peut susciter des larmes. Il intègre le refus de la référence à soi-même comme mesure ultime. Le sens des autres et celui de la création deviennent les clefs du discernement. Le courant écologique actuel implique ce type d’attitude.

Une vision de la vie

Il faut maintenant rejoindre Jésus sur la montagne. Comme il nous parle du royaume des Cieux et de la vie, il faut bien saisir de laquelle il s’agit. La vie vue comme un combat et comme un bien à acquérir pour soi devient un bien rare et disputé. On oublie l’aspect fondamentalement gracieux de l’existence. Jésus rappelle qu’avant la lutte, il y a la vie. La révélation ne la confond pas avec la vie naturelle, mais rappelle qu’elle est un don de Dieu. L’homme des Béatitudes accepte d’intégrer dans son expérience une vie éternelle déjà commencée. 

Je conclus maintenant avec une dernière considération : les Béatitudes empêchent-elles le recours à la force ? Non quand ce recours est juste, qu’il sert non pas notre ego mais notre devoir, quand il sert à préserver la vie.    

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