Homélie du dimanche - 18 Janvier - 2ème du temps ordinaire
Homélie du 18 janvier 2026
Après le baptême du Seigneur que nous avons célébré dimanche dernier, l’évangile d’aujourd’hui s’attarde sur la figure de Jean Baptiste. Et cette figure est très belle. Je relève en particulier deux aspects très positifs.
Jean Baptiste, « l’anti-gourou »
Comme les hommes ne sont pas Dieu, ils ne sont pas omnipotents. Cela implique qu’ils ne peuvent pas prétendre tout savoir, tout savoir faire et tout discerner avec exactitude. L’exercice d’un pouvoir suppose son encadrement et la définition de périmètre de l’autorité. Dans le cadre de notre chère Eglise Catholique, même le souverain pontife se voit délimité dans ses prérogatives et « l’infaillibilité papale » ne signifie pas une sorte d’impeccabilité dans tous les domaines. A l’inverse, on peut rencontrer des personnalités de gourou : ils gèrent tous les aspects de la vie de leurs adeptes, sont géniaux dans tout ce qu’ils font et créent une sorte de bulles chez leurs disciples, de laquelle ces derniers sont incapables de sortir : ils décident de tout et généralement infantilisent leurs sectateurs en les essorant de leur sens moral et critique. Par le culte de la personnalité, les dictateurs ou les guides spirituels des sectes partagent ces traits caractéristiques.
Or ce qu’il y a de remarquable chez Jean le Baptiste est qu’il conjugue une personnalité exigeante, assez fascinante par son anticonformisme, et une auto-restriction. Le champ du ministère de Jean le Baptiste est délimité, restreint, bien cerné. Cela se vérifie par la mise en valeur de la transmission qu’il prépare au profit de Jésus et la distinction qu’il fait entre son propre baptême de conversion dans l’eau et celui de Jésus qui se fait dans l’Esprit. Cette limitation est un critère de véracité et d’honnêteté. Le succès de la prédication de Jean aurait pu le flatter, l’enfler de fierté et l’induire à « jouer » sa propre figure de prophète, indomptable et au verbe haut. Remarquez que cette dérive est beaucoup plus commune qu’on le pense et nous amène à bien équilibrer désir de toute puissance et autorité véritable.
Transmettre
Le deuxième point est connexe au premier et s’appuie sur la transmission. Saint Jean évangéliste met parfaitement en scène le passage de relai de Jean le Baptiste à Jésus : Jésus désigné comme agneau de Dieu, comme celui qui était avant Jean, qui était derrière lui et qui passe devant lui, enfin comme celui qui baptise dans l’Esprit Saint. Jean le baptiste se pense donc lui-même comme un maillon d’une chaine qui aboutit à Jésus. Cela induit qu’il reporte l’objet de sa propre activité et de sa propre vie à quelqu’un d’autre, et que cette vie n’est pas close sur elle-même.
Pour illustrer mon propos, je ferai allusion à un vieux film que mes parents m’avaient contraint à regarder, « pour faire mon éducation ». Il s’agissait de la « beauté du diable », avec Gérard Philippe et Michel Simon. Le thème est la damnation de Faust. Faust est un vieillard croulant, angoissé par la mort à venir, perclus de rhumatisme et frustré de ne pas finir ses recherches scientifiques. Sous les traits d’un fringant étudiant, le démon Méphistophélès lui propose d’échanger leur enveloppe charnelle et de l’assister de toute sa science dans ses investigations, en particulier de transformer le sable en or, de favoriser le dénouement de ses conquêtes amoureuses et de la conduire au pouvoir suprême de prince de la région. Tout fonctionne à merveille jusqu’au jour où Faust demande à Méphisto de lui révéler ce que sera son dernier jour de vie. Dans un miroir, il se reconnait vieux, seul, craint et puissant, avec comme perspective le gouffre infernal qui va l’avaler. Comme don Juan entrainé par la statue du commandeur dans la mort, la vie de Faust se clôt sur elle-même. Le pacte diabolique couvre une réalité plus profonde et déjà présente : avant qu’il fût signé, l’âme de Faust s’était déjà étiolée sur elle-même et le démon ne vient que ratifier une réalité latente. Faust veut laisser une marque dans l’histoire, mais cette marque est juste bonne à être admirée, mais pas transmise.
Jean le Baptiste et Faust sont en parfaite contradiction. Le premier trouve le sens de sa vie dans un service qui porte un autre ; le second le perd dans une recherche sans issue.
Ces deux aspects de Jean le Baptiste dessine le contour d’un esprit chrétien et nous amène à réfléchir à notre tour sur notre propre état d’esprit. Beaucoup d’entre vous sont pères et mères de famille, grands-parents, beaucoup exercent des responsabilités économiques, éducatives, ou sociales. Il est certainement stimulant de vous poser deux questions : Quelle est votre autorité, avec le pouvoir qui lui est attaché ? Comment considérez-vous vos motivations ? Sont-elles centrées sur votre accomplissement ou servent-elles un ou des autres ? Souvent nous considérons que l’humilité et la modestie, vertus chrétiennes, consistent dans des attitudes comportementales. Ne serait-il pas au moins aussi important de voir comment elles se déploient dans notre exercice du pouvoir ?
Notre-Dame d'Auteuil