Dimanche 8 Février 2026 - 5ème du temps ordinaire — Notre-Dame d'Auteuil

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Dimanche 8 Février 2026 - 5ème du temps ordinaire

Homélie du 8 février 2026 

Nous continuons notre lecture du sermon sur la Montagne, après avoir entendu la semaine dernière son introduction inaugurale des Béatitudes.

Les deux allégories se complètent et s’articulent l’une après l’autre.

Le sel est connu pour ses qualités de conservation et de goût et jusqu’à une époque pas si lointaine constituait une ressource précieuse et lucrative. D’ailleurs notre mot « salaire » dérive directement de lui. Dans la liturgie catholique du baptême, il peut encore être utilisé. Le prêtre dépose sur les lèvres du catéchumène une pincée de sel. C’est un signe d’exorcisme puisque le sel ralentit naturellement la corruption des aliments. C’est aussi un symbole de sagesse. Quand un aliment est fade, sans saveur et souvent sans sel, on dit qu’il est insipide et insipide dérive du mot « sapientia », la sagesse en latin. Ce dernier sens semble s’appliquer à la lecture de l’évangile. Si on lit littéralement le passage de l’évangile en grec, on obtient la curieuse version suivante : « si le sel devient fou, il perd sa force ». Cette transcription conforte l’assimilation du sel avec la sagesse. 

Comme Jésus commence par une affirmation, en affirmant que ses auditeurs sont « le sel de la terre », on peut déduire que sa discours est une mise en garde. On pourrait croire que l’acquisition de la sagesse divine est le fruit d’une quête longue, initiatique et ardue. En réalité elle s’offre toute entière à eux et s’ils y sont attentifs les disciples pourront la déployer sans avoir la peine de la poursuivre longuement. Le passage consonne fortement avec l’évocation de la sagesse qui part sur les places et part à la recherche des  hommes dans le livre des Proverbes. Jésus indique la valeur de l’enseignement reçu dont il ne faut pas sous-évaluer la portée et la valeur, au risque de la déprécier. 

Dans l’expérience commune, nous pouvons expérimenter la fadeur d’un christianisme purement formel et inhabité, qui ressemble à un sel altéré et affadi. La sagesse de divine devient folle, insensée, ou seulement perdre son intérêt, devenir sans « force ». Souvent la sagesse chrétienne exige un effort de la raison pour conjuguer la révélation et ses implications dans la réalité rationnelle et scientifique. Il ne s’agit pas ici de tergiverser entre une double pensée qui passe alternativement de l’autonomie de la pensée humaine à des reconnaissances de la révélation divine, mais d’unir raison et foi, dans la pensée et dans l’action. La duplicité religieuse et intellectuelle provoque un éclatement de la pensée et des comportements, et rend impossible aucune expression de la vérité. C’est un danger qui guette le Chrétien qui peut vider l’objet de sa foi de tout contenu. Les désaffections à l’égard du christianisme qu’on regrette dans tant de familles peuvent se comprendre dans cet affaiblissement de la sagesse et à l’inverse l’attraction qu’on constate chez les catéchumènes se fonde par la saisie de cette sagesse qui transforme leur vie. 

La seconde image, celle de la lumière, est évidemment complémentaire et en quelque sorte successive. Comme le sel, la lumière intervient aussi dans le baptême. Alors que le sel est assez discret et visuellement difficilement perceptible, la lumière est ostentatoire. La succession induit une antécédence : comment briller pour les autres si l’on est sans sel et sans sagesse. Il faut d’abord « être » avant de « briller ». La sagesse ne se règle pas sur la mesure du rayonnement, mais bien le rayonnement sur la sagesse. L’affirmation de Jésus est extrêmement ambitieuse : en effet, la seule lumière du monde perceptible physique est le soleil qui irradie sur le monde entier quand la terre lui présente une de ses faces. Le disciple tient lieu alors d’astre du jour pour ceux qui sont autour d’eux. Bien sûr nul ne peut se targuer d’être individuellement « lumière du monde » puisque Jésus s’adresse à ses interlocuteurs par un pluriel, mais insiste pour rappeler que ce dont ils sont porteurs ne peut pas se contenir et doit être dispensé aux autres. Cela exige une capacité à s’exposer aux regards des autres. Cette exposition n’est pas facile, elle est aussi exigeante que la préservation de sa vigueur au sel. Nous en faisons souvent l’expérience quand il s’agit de ne pas cacher notre appartenance au christianisme.

Nous voyons ici une double exigence, intrinsèque à nos pensées et à notre raison et extrinsèque à nos rapports avec le monde. Jésus nous confronte à un double examen et jugement.        

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