Dimanche 4 Octobre - 27ème du temps ordinaire — Notre-Dame d'Auteuil

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Dimanche 4 Octobre - 27ème du temps ordinaire

Homélie du 4 octobre 2026 - 27ème du Temps ordinaire

1°) L’appropriation

Imaginez-vous en vacances. Vous avez loué une villa au bord de mer, près de Biarritz, ou vous vous installez dans le chalet de montagne, dans le Jura, chez votre cousin Anatole, qui gentiment vous l’a mis à disposition pour trois semaines. Quel cousin sympa, cet Anatole ! Vous prenez vos marques les trois premiers jours, faisant attention à ne pas trop déplacer les objets que votre cousin a disposé sur un ancien vaisselier paysan du XIXème siècle. Le chalet contient encore la marque de son propriétaire qui semble encore l’habiter, bien qu’il soit parti chez votre tante commune, Berthe, qui a une villa à Houlgate, pour s’ioder un peu les poumons. Insensiblement, la trace résiduelle de votre cousin disparait du lieu. Le réfrigérateur contient vos achats alimentaires, le porte-manteau de l’entrée supporte votre trench-coat, et les photos d’Anatole, de sa charmante épouse Ursule, et de leurs quatre rejetons, semblent s’effacer depuis maintenant 7 jours que vous vous êtes installés avec votre chère et tendre et vos deux petits génies. La vaisselle sale encombre l’évier et peu à peu ce chalet qui vous était étranger, devient votre nid. IL s’imprègne même de votre odeur musquée et de celle de vos chaussettes humides après les quinze kilomètres de randonnée faits dans la journée. On passe de l’hospitalité d’exception, celle où on reçoit un invité de marque avec toutes mes attentions, à m’hospitalité d’installation, celle où l’hôte s’approprie votre gite douillet. Vous avez probablement déjà connu en accueillant des proches ce basculement. Le dépannage et l’accueil cordial basculent et l’hôte devient un coucou qui prend possession du lieu. J’ai connu une vieille dame, qui un jour avait accueilli un sans-domicile fixe pour « le dépanner », sans réaliser que cela durerait 30 ans…  

2°) Le comportement des Vignerons

Ces exemples illustrent ce dérapage que nous observons chez les vignerons indignes. Jésus prend un soin infini à bien préciser que le domaine qu’ils se voient confier n’est pas le leur, mais bien celui qui a été bâti par le propriétaire : la clôture, la tour, le pressoir. La propriété est moralement et juridiquement incontestable, tout autant que le contrat qui le lie aux vignerons. Ses revendications sur le fruit de la vigne sont parfaitement droites. Le comportement des vignerons est en revanche inique, violent et meurtrier. Ils cumulent les infractions et les péchés jusqu’à l’assassinat. Il est rare que des meurtriers perpétuent des forfaits sans un minimum de justifications. Ne faut-il pas que les vignerons puissent à leurs propres yeux revendiquer la propriété morale ou usuelle de la vigne pour justifier à leurs propres yeux les mauvais traitements qu’ils réservent aux intendants du maître, puis au meurtre de son fils ? Nous observons ici une inversion et un oubli. Inversion de la légitimité ; oubli des droits du propriétaire, voire de sa propre personne. D’employeur, il devient adversaire. Si nous transposons ce drame paysan à la vie spirituelle, nous découvrons que l’oubli de Dieu nous fait revendiquer indument des biens prêtés et confiés comme notre propriété. Ce qui a été donné est accaparé et Dieu devient un concurrent. 

3°) Dans l’histoire du salut

La parabole insère dans cette tragédie des sillons et des ceps, des éléments emblématiques de l’histoire d’Israël. Les premiers serviteurs sont les prophètes, la vigne Israël, les vignerons ceux chargés de veiller sur la vigne. Jésus ne fait que reprendre ici une thématique récurrente des Prophètes sur leur propre sort et l’infidélité du peuple et en particulier de ses élites. Il parait évident que Jésus se détache du passé quand il parle du fils du maître, car nous le reconnaissons immédiatement.  Il aurait été peu vraisemblable que les Grands prêtres et les Anciens ignorassent que Jésus se désignait lui-même et qu’il dénonçait leur projet homicide. La trame narrative est trop évidente. Or quand Jésus les interroge sur le sort à réserver aux vignerons, il apparait qu’ils ne se sont pas reconnus dans la parabole. Leur sentence est celle du Talion et Ils se constituent leur propre juge. Ils ajoutent que d’autres vignerons prendront la place des premiers. 

La substitution qui suivra va poser de nombreux problèmes d’interprétation. Le rôle des grands prêtres va effectivement s’éteindre et la notion de nation va militer en faveur d’un transfert de responsabilité d’Israël à L’Eglise. La théologie de la substitution est un sujet très délicat et clivant. L’émergence de l’Eglise efface-t-elle la vocation propre à Israël ? Le sujet a été passionnément discuté et il est complexe. Notre ancien archevêque, le cardinal Lustiger, le portait intérieurement et dans son identité et il essaya d’ajuster la pertinence spirituelle d’une élection d’Israël avec la mission de l’Eglise. 

4°) Dieu nous prend à contre-pied et pose la résurrection comme réponse de Dieu.

Dernier élément de réflexion Jésus cite en l’appliquant au fils massacré cette citation du psaume 117-118 : « la pierre qu’ont rejetée les Bâtisseurs ».  Ce verset annonce allégoriquement que l’élément rejeté deviendra un fondement. La métaphore de la construction se mêle à celle d’un homme apparemment réprouvé qui devient le socle d’une nouvelle réalité humaine et d’une nouvelle construction. Ce passage est très paradoxal car il repose d’abord sur un rejet et un échec apparent : le rejet de la pierre inapte à la construction ou le meurtre d’un innocent. Freud et René Girard ont parlé de la puissance du meurtre fondateur dans la religion, mais cet élément qui se prête à la psychologie cathartique est insuffisante dans la bouche du Christ. Il semble ici qu’il désigne au travers du psaume 117-118 une annonce de la résurrection, base d’une réalité nouvelle. Curieusement lors de la Pentecôte, les Apôtres ne montent pas une accusation contre les Israélites mais les invite à la conversion en dépit même du jugement qu’ils ont porté contre eux-mêmes.

 

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