Homélie du Dimanche de Pâques — Notre-Dame d'Auteuil

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Homélie du Dimanche de Pâques

Homélie de Pâques 2026

 

" Les linges posés à plat…"

 

La précision de la description de saint Jeanl montre qu’il a dû être frappé par ce détail. La disparition du corps ne peut provenir que deux solutions. La première solution est que le corps à dû être enlevé du tombeau par un groupe tierce. Saint Matthieu décrit comment les notables juifs demande à Pilate d’autoriser une garde pour surveiller le tombeau. Leur intention était de prévenir que les disciples enlèvent le corps pour prétendre que Jésus était effectivement ressuscité. En allant plus loin, ces mêmes Juifs auraient pu enlever le corps, laisser les disciples diffuser la nouvelle de sa résurrection, pour le produire publiquement et démontrer leur naïveté. La seconde solution est que Jésus est effectivement ressuscité, selon les écritures et son enseignement constant et répété.

Les linges invalident la première solution. En effet, le martyre de Jésus a exposé son corps à la flagellation, aux coups et à la fixation de ses membres par des clous sur la croix et au coup de lance qu’il a reçu à son côté. La sueur s’est mêlée au sang, et celui-ci a nécessairement coagulé imprégnant et collant la fine toile du linceul aux plaies. Enlever les linges collés au corps les aurait endommagés et ils auraient été déchirés dans l’opération. De plus, quel est l’intérêt de les enlever là. Un corps enveloppé dans un linge est plus commode à transporter et moins identifiable qu’un cadavre fraichement décédé et couvert de contusions et de blessures. 

Saint Jean semble déduire de la présence des linges la réalité de la résurrection. Le fait qu’ils soient intacts montre que le corps s’en est séparé sans arrachements, dans une sorte de dissolution étrangère aux lois de la nature, comme s’il s’en échappait pour recouvrer sa liberté. En me basant sur le récit de la résurrection de Lazare, j’applique que le corps de ce dernier était sévèrement garroté au point que Jésus enjoint qu’on l’en affranchisse. Je suppose que c’est la même chose pour le corps de Jésus.

Pour quelle raison sont-ils pliés ? Le linceul ‘(« linge ») plié à plat et le suaire roulé « à part, à sa place ». Je suppose, en m’appuyant sur l’assertion que le suaire de Turin est authentique, que le suaire devait être mis par-dessus le linceul, puisque celui-ci représente devant – derrière le corps du Christ en vision stéréoscopique. Un pilleur de cadavre, même en les arrachant de la dépouille, aurait été un maniaque pour effectuer un tel rangement. Ce soin me semble directement lié à la résurrection. Peu m’importe de savoir comment cela s’est passé, mais d’en connaître le motif. Saint Jean, après Pierre, vit et croit. Il semble faire sans difficulté le lien entre un détail incongru et négligeable et la réalisation des annonces de Jésus. Rangés, les linges apparaissent en évidence, sans devenir « une orgie de preuves ». 

Le soin presque ménager dont ils ont été l’objet semble aussi impliquer qu’ils véhiculent un message. La résurrection se déroule dans une sorte d’ordre et de continuité. Le dernier vêtement du Christ, les linges, est préservé, conservé. Quand Caïphe déchire son vêtement, c’est pour exprimer son extrême indignation, ou sa colère, ou alors la gravité du blasphème qu’il dénonce dans les propos de Jésus. Ce geste est violent et presque théâtrale. Quand Jésus ressuscite, le sépulcre est rangé, presque calme, et la résurrection n’a provoqué aucun fracas y compris dans les linges sagement rangés. 

L’ouverture du tombeau et son agencement expriment tous deux l’idée d’une harmonie nouvelle, calme et paisible, loin d’une espèce de dépassement prométhéen ou héroïque. Si la passion est marquée par le chaos cruel d’une foule haineuse, la résurrection est caractérisée par une paix telle qu’on ne la rencontre qu’au petit matin, quand la nature se réveille des ombres de la nuit. Le tombeau, bien que vide de son hôte, répercute sa présence de ressuscité, comme la permanence d’une musique dans la tête d’un mélomane après un concert terminé.   Jésus laisse en écho le silence de sa résurrection, qui est pourtant si éloquent. 

Enfin, puisque les linges sont les derniers habits de Jésus, leur présence symbolise que Jésus a revêtu une nouvelle tenue et qu’il pénètre dans une nouvelle réalité. Les habits mortuaires restent comme des reliquats. Il a revêtu une nouvelle humanité. Il permet à chacun après lui de quitter l’homme ancien pour revêtir « l’homme nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté, conformes à la vérité (Ep 4,24) ». Le symbolisme de la robe nuptial dans la parabole des noces concorde avec cette idée.

Hier nos néophytes, dans leur renaissance à la vie nouvelle par le baptême, ont été habillés de blanc. Ce n’est pas juste pour les distinguer, mais pour leur signifier qu’ils ont revêtus l’homme nouveau, laissant leur ancienne vie comme des linges soigneusement pliés sur le côté…

 

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