L’humilité tient une place centrale dans la vie de Thérèse et dans son enseignement. Pour elle, humilité et vérité sont étroitement liées puisque le 30 septembre 1897, le jour de sa mort, elle en fait le point d’appui de sa pâque et nous livre cette parole testamentaire :
Et les humiliations n’ont pas manqué qui ont éprouvé jusqu’au bout cette humilité, jusqu’à ce qu’elle puisse et ose dire "il me semble que je suis humble". Il faut avoir anéanti en soi tout orgueil ou être dans le pire aveuglement pour en arriver là. Mais l’Eglise a donné son avis et a canonisé la vie et les paroles de Thérèse. Il ne faudrait cependant pas penser que les humiliations conduisent nécessairement à l’humilité : elles peuvent conduire à de sévères dépressions, voire au suicide pour les personnalités narcissiques, orgueilleuses. Nous verrons donc ce que Thérèse entend par humilité et, à travers quelques exemples, nous comprendrons ce qu’elle fait des humiliations, de cette nourriture étrange et redoutée.
Le mot humilité vient du latin humus, qui signifie terre, sol, dans le sens "niveau du sol". Par son origine même, l’humilité implique un positionnement, un style de vie, une manière particulière d’être en relation avec Dieu et les hommes. Normalement l’humilité devrait être étrangère, imperméable à toute idéologie car elle s’enracine, pourrait-on dire, dans la réalité du sol, dans sa consistance, dans sa vérité immanente. Ainsi le psalmiste invoque Dieu comme ce "rocher qui nous sauve" (Ps 94).
L’humilité est nécessairement liée à la pesanteur : elle la reconnaît comme son principe d’attraction naturel ce qui, du coup, la fait gémir après la grâce qui seule peut surélever cette nature jusqu’à des hauteurs impénétrables au regard humain. Alors, le champ est libre pour accueillir cette grâce, pour tout recevoir d’en-haut. On comprend dès lors que l’humble puisse à la fois vivre dans l’affliction naturelle de n’être rien et de ne rien pouvoir, et dans la joie surnaturelle, également, de n’être rien parce qu’il sait, dans l’espérance, que tout ses désirs les plus profonds seront comblés sans limites. Pour peu qu’il consente à cette humilité en ce monde, comme exercice, l’homme obtiendra la Gloire dans l’autre. Pour Thérèse ce passage sur terre est fondamentalement un exil nécessaire pour entrer dans l’autre monde. C’est une voie étroite au fond d’une vallée :
Il y a deux sortes d'humilité :
- la première, la plus fondamentale, c'est l'humilité ontologique, c'est-à-dire l'humilité de l'être humain qui se reconnaît créature et reconnaît qu'il y a un abîme entre lui et Dieu, et que cet abîme est infranchissable naturellement,
- la seconde humilité est celle du publicain, du pécheur qui a conscience de ne pas aimer vraiment, et qui ne sait que répéter : "Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !" (Lc 18,13)
La Vierge Marie n'a pratiqué que la première humilité : il n'y avait aucun péché en elle. Pour cette raison elle peut se dire "humble servante". Nous sentons bien qu'au dernier jour de sa vie Thérèse peut se voir humble, comme Marie. Car, dira-t-elle audacieusement, "le trésor de la Mère appartient à l'enfant". Le trésor de Marie c'est bien sûr Jésus et il est le nôtre également. Mais son trésor est aussi son humilité merveilleuse : Thérèse puise donc dans ce trésor marial et maternel pour que Jésus vive en elle. Ce Jésus qui est, dit-il de lui-même, la Vérité. Humilité et Vérité sont donc nouées en Marie, comme elles le sont en Thérèse tout à la fin de sa vie. Mais cela ne s'est pas fait tout seul : toute fille de Marie qu'elle était, Thérèse apprit de ce qu'elle souffrit, l’humilité.
L'humilité est donc à la base de toute vie spirituelle, dans sa double dimension : dimension mystique et dimension ascétique, c’est-à-dire morale. Nous pourrions en effet être humbles devant Dieu, lui reconnaître la primauté, mais être orgueilleux, humiliants dans nos comportements, dans nos relations aux autres. Il n’y a donc pas d’humilité véritable sans une vérification expérimentale dans un contexte donné. Pour Thérèse ce lieu sera essentiellement le Carmel. Pour nous la scène pourrait paraître plus ouverte et vaste, mais la vérification est alors plus difficile car les cadres sont beaucoup plus flous : le problème de l’obéissance, par exemple, n’a pas la même acuité pour nous que pour une Carmélite.
Nous le disions, l’humilité du croyant monothéiste se fonde sur ce double constat : reconnaître son statut de créature et se sentir bien incapable de sainteté, c’est-à-dire de pouvoir tenir debout devant l’Eternel. Mais pour le chrétien il y a une raison encore plus profonde d’être humble et qui tient, justement, à l’Incarnation. Dieu lui-même a voulu vivre le plus grand abaissement qui soit : celui de passer de la vie divine à une vie humaine pauvre, voire quelconque. C’est ce qu’on appelle la kénose : littéralement, Dieu se vide de lui-même pour nous rejoindre et descendre plus bas encore que tout homme passé, présent ou à venir : c’est la descente aux enfers que nous méditons trop rapidement le Samedi Saint.
Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, dans son propre nom de religion, rend déjà compte de son désir de participer à l’humiliation du Christ apparaissant sur terre sous les traits d’un enfant pauvre et persécuté dès ses premiers jours, et sortant de ce monde cloué sur la croix comme le dernier des malfaiteurs. Sœur Marie de la Trinité, l’une des novices dont Thérèse a eu la charge, dira :
L’humilité de Thérèse est donc christocentrique : ce qu’elle cherche d’abord ce n’est pas vaincre son orgueil mais s’unir à Jésus encore plus étroitement, comme l’épouse à son époux. Ce n’est même pas de l’ordre de l’imitation. La source de l’humilité est donc très clairement l’amour et non pas notre indignité foncière. C’est là un point important car nous pouvons rechercher l’humilité pour atteindre une certaine perfection et, subtilement, en tirer ainsi orgueil. Thérèse comprend bien que la sainteté ce n’est pas la perfection :
Sœur Marie de la Trinité témoigne :
Thérèse souligne ici le danger de la chute grave, c’est-à-dire tomber dans l’orgueil à vouloir monter cet escalier par ses propres forces. Pour elle l’humilité est la vertu caractéristique de l’enfance (CSG 51). Toute sa doctrine spirituelle de la petite voie, de l’esprit d’enfance, consiste pratiquement dans l’humilité. Et, comme l’ajoute Soeur Geneviève :
Thérèse ne redéfinit pas l’humilité : elle ne fait que regarder Jésus. Mais elle tire toutes les conséquences de ce qu’implique l’enfance, condition sine qua non pour entrer dans le Royaume. Elle répétait souvent que : "Les privilèges de Jésus sont pour les tout petits" (CR 83). Ce qu’elle voyait chez l’enfant c’était : "la confiance, l'abandon, la simplicité, la droiture, l'humilité". (CR 83) Mais elle avait conscience que cette "Petite voie mal comprise pourrait être prise pour du quiétisme ou de l'illuminisme" (CR 26). C’est Jésus seul qui enseigne Thérèse à partir de l’Ecriture et bien entendu, également, à travers l’oraison :
Elle reprendra par ailleurs cette image de l’escalier de la sainteté en ajoutant une petite phrase insupportable pour beaucoup :
Cette image de l’escalier et de ce qui s’y passe délivre au moins deux enseignements fondamentaux :
- c’est, d’abord, Jésus qui descend alors que nous croyons qu’il faut monter. C’est une vérité dont il faudrait se souvenir puisque l’initiative revient à l’époux et que cet époux a choisi de descendre, de s’abaisser jusqu’à notre néant. La vie spirituelle chrétienne, pratiquement, ne peut être une montée au sens où nous l’entendons habituellement. Nous avons à appeler le Seigneur pour qu’il descende. La Bible se termine avec cette parole de l’Apocalypse : "Amen, viens Seigneur Jésus" !
- le second enseignement est tout aussi capital et Thérèse le dit sans ambages : même en pratiquant toutes les vertus, il est inimaginable de pouvoir monter une seule marche. Seules les petites âmes peuvent comprendre cela. Il est donc nécessaire et utile de faire des efforts inutiles car le but n’est pas de monter l’escalier de la sainteté mais d’être pris en pitié par Dieu. Etre pris en pitié c’est être pris dans ses bras : lui seul est capable de nous surélever. C’est totalement gratuit, c’est la grâce, c’est l’Esprit Saint qui nous relève et nous fait passer dans l’autre univers. Comme le dira encore Thérèse, avec force, à sœur Geneviève qui lui faisait part d’un découragement : le plus important maintenant …
L’orgueil est donc toujours possible, en particulier quand l’homme se fixe des objectifs de perfection, quand il est idéaliste, quand il veut parler d’égal à égal avec Dieu, comme les constructeurs de la tour de Babel. L’orgueil c’est le péché le plus terrible car, finalement sans excuse. Le psalmiste le dit ainsi :
Il faut faire constamment cette prière à Dieu, ne jamais croire que l’orgueil est, enfin, derrière nous. Thérèse est pleine de miséricorde vis-à-vis des péchés de faiblesse mais ne laisse rien passer du côté de l’orgueil :
Cet enseignement thérésien permet de répertorier au moins quatre grands obstacles à la pratique de l’humilité :
- ne pas être en vérité avec soi-même et avec Dieu, c’est-à-dire être dans l’illusion quant à notre misère profonde, du fait même notre statut de créature, devant tout à notre créateur,
- le deuxième obstacle c’est la confusion entre perfection et sainteté ; la perfection est un idéal avec ce que cela suppose de narcissisme, de contemplation de soi. Un théologien, et Balthasar à sa suite, mettent en garde contre la tentation de la perfection, contre le pharisaïsme :
A l’opposé de cette "cosmétique de l’âme", la sainteté est un don de Dieu que l’Eglise peut être amenée à reconnaître comme réellement accueilli et vécu. Un don que le Seigneur n’accorde qu’aux humbles. Dans l’esprit de Thérèse cette compréhension de la sainteté n’est pas dissociable de la réserve qu’elle exprimera ainsi : "Il ne faut pas travailler pour devenir des saints, mais pour faire plaisir au bon Dieu" (procès de béatification, 371). Et pour faire plaisir à Jésus, ajoute-t-elle :
- le troisième obstacle, plus subtil, est l’obstination à croire que nous pouvons au moins gravir une marche dans cet escalier de la sainteté et d’oublier que c’est Jésus qui descend chercher sa créature, et qu’il veut descendre jusqu’en bas,
- le dernier, et non des moindres, consiste à se prendre pour un adulte devant Dieu avec ce que cela signifie de volonté d’indépendance, de manque de simplicité, de difficulté à se laisser aimer, à s’abandonner.
Thérèse nous ramène à cette vérité fondamentale : Dieu nous soutient dans l’être. Et donc la source de notre agir bon ne peut être qu’en lui. D’où cette exhortation :
Dieu ne nous tend pas sa main pour nous aider seulement : par cette main tendue passe la grâce et s’accomplit alors l’œuvre de Dieu à travers celui qui l’accueille. La condition restant toujours la même : reconnaître son néant. Dieu ne nous humilie pas pour son plaisir mais pour que nous puissions faire l’expérience de sa paternité, pour nous faire entrer dans la voie de la confiance et de l’abandon. Sinon, il nous laisse seul avec nos illusions, avec cette perspective d’un effondrement personnel. C’est que Jésus évoque avec cette maison construite sur du sable qui a peut-être belle apparence mais :
Comprenant tout cela et l’acceptant, nous pourrions nous décourager quant à cet apprentissage de l’humilité. Heureusement, le Seigneur ne nous laisse pas dans cet état très longtemps et c’est lui-même qui va donner les moyens de pratiquer l’humilité en proposant cette nourriture délicieuse qui s’appelle les humiliations :
Thérèse demande donc à être nourrie de toutes sortes d’humiliations : ce sera une preuve d’amour que de lui en servir. Elle voit également les humiliations comme une eau vivifiante, autrement dit comme des grâces qui enracinent profondément en Dieu :
Nous pouvons noter ce paradoxe apparent : c’est parce qu’elle est faible qu’elle a besoin des humiliations. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’humilité est une force considérable puisque c’est la force même de Dieu alors que l’orgueilleux ne s’appuie que sur les siennes :
Les humiliations commencent très tôt dans la vie de Thérèse. Nous en donnerons quelques exemples que chacun aura peut-être pu vivre pour sa propre part sans y apporter de bonne réponse. Il y a en effet des humiliations terriblement blessantes qui orientent la vie du mauvais côté parce que la victime met en place des défenses qui deviendront quasiment structurelles pour éviter de nouvelles blessures. Ces défenses peuvent être pires que le mal infligé. Ou bien, au contraire, peuvent servir de cadre pour que puisse se développer une vraie vie spirituelle, une vie d’union au Christ plus forte. A l’école, Thérèse va connaître une lourde humiliation affective qu’elle relate dans le Manuscrit A :
Thérèse, évidemment, se sent non seulement trahie par son amie mais, pire encore, comme inexistante sous son regard, traitée comme un objet. Elle se sent dupée : ce qu’elle croyait vrai et sincère n’était qu’une mascarade. C’est là un mécanisme que les pervers mettent classiquement en œuvre pour détruire l’autre, pour détruire une juste estime de soi. Pour Thérèse le lien naturel avec son amie est maintenant coupé définitivement mais le lien surnaturel est maintenu : c’est désormais en Jésus seul que cet amour se maintient et pourra porter du fruit dans l’âme de cette amie infidèle. A partir de cette expérience douloureuse Thérèse, en relisant sa vie, dira :
Elle avait un tel désir d’aimer qu’elle aurait pu tomber plus bas que Marie-Madeleine, avoue-t-elle. Nous trouvons un écho étonnant de cette expérience humiliante quand elle déclare vouloir être le jouet de Jésus, c’est-à-dire un objet dont il pourra faire ce qu’il veut :
Nous voyons là un exemple magnifique d’une humiliation affective qui amène Thérèse à rejoindre Jésus dans sa propre offrande eucharistique, dans son état le plus humilié, celui d’objet, en apparences.
Cette recherche de l’amour des créatures – qui trouve son origine dans les manques de sa petite enfance – ne sera réellement guérie qu’au moment de sa conversion de Noël 1886. Elle a 13 ans et nous savons qu’en rentrant de la messe son père fatigué dit une petite phrase dont il ne mesure pas la portée et qui va transpercer le cœur de Thérèse. Au bord des larmes elle monte alors rapidement le petit escalier de la maison mais arrivée en haut elle prend la décision de redescendre joyeuse pour ne pas gâcher la joie des autres. Pour reprendre un concept paulinien (1Co 15,44-46), dans une formulation ramassée, nous pourrions dire que celle qui monte l’escalier est psychique mais celle qui le redescend est spirituelle. Il se passe beaucoup de choses dans les escaliers thérésiens, ce sont des lieux de conversions qui bouleversent une vie, qui la font changer de registre, qui la font passer d’une recherche de soi narcissique au don de soi. Elle le dira elle-même :
Il n’y a donc pas de vrai bonheur sans ce passage obligé par l’humilité. Et Dieu, seul, sait quelle humiliation choisir pour nous y faire entrer : il est impensable de pouvoir pratiquer cette voie en choisissant de nous-mêmes les humiliations ou les mortifications qui nous sembleraient bonnes.
Au Carmel, Thérèse a été particulièrement éprouvée. Une sœur dira : "Elle trouvait ce qu’elle était venue y cherche : le renoncement quotidien et l’humiliation". Elle était traitée sans ménagement, nous le savons grâce aux témoignages donnés à son procès de béatification. En voici un qui montre bien le genre d’humiliations qu’elle avait à subir ordinairement et sa manière d’y réagir :
La sœur qui témoigne parle de "la douceur et de l’humilité" de Thérèse, Thérèse disciple de celui qui dira :
Ce qu’elle voulait pour elle-même, l’humilité du cœur, elle le voulait pour les novices dont elle avait la charge. Toute sa direction spirituelle ne consistait finalement qu’en cela :
Ce qui l’amenait à mener un combat sans merci contre toute manifestation d’orgueil ou d’amour-propre qu’elle percevait chez elle ou qu’elle voyait chez ses novices. Elle ne consolait jamais une novice qu’elle avait reprise d’une manière juste :
Thérèse fait allusion, ici, à sa propre enfance mais, plus généralement, au deuil qui est à faire de ce désir de toute-puissance infantile qui s’exerce dans les relations affectives et qui a pour but de séduire l’autre, de l’amener à soi. Dans son Carmel certaines sœurs avaient compris qui était Thérèse : la confiance qu’elles lui accordaient reposait sur la certitude que Thérèse ne voulait que leur Bien, qu’elle s’effaçait totalement au profit de Dieu. Certaines sœurs âgées venaient même la consulter en secret, comme Nicodème allant rencontrer Jésus de nuit. Thérèse est tout entière dans sa mission :
Une novice témoignera ainsi :
La direction de Thérèse était du sur mesure : "Elle ne demandait point à toutes les mêmes sacrifices". Elle cherchait simplement à découvrir et surtout à faire découvrir ce que Jésus voulait indiquer à l’âme qui lui avait été confiée ou qui se confiait à elle :
L’âme doit être en vérité avec elle-même et tournée vers le Seigneur. En ce sens, la recherche des consolations affectives – que ce soit d’un côté ou de l’autre – apparaît bien comme la pire des attitudes car elle casse le ressort de la vie spirituelle. Tout comme la recherche des consolations de l’intelligence. Thérèse dira, un jour qu'elle se trouvait en face d'une bibliothèque :
Thérèse subira également l’humiliation d’être très souvent incomprise non seulement dans ses paroles mais aussi dans ses actes. Elle fait l’expérience que ses sœurs se limitent aux apparences, sans chercher l’intention qui a été à l’origine des actes posés. Cela a été très formateur : elle renonce à se justifier, à faire valoir ses droits et ne se laisse plus déstabiliser par les remarques désobligeantes et le jugement erroné porté sur elle. Sur cette terre il faut accepter que les choses ne soient pas vues dans la lumière de l’amour mais qu’elles soient toujours ramenées à ce que nous connaissons, et donc, d’une manière ou d’une autre, à notre cœur malade et à notre pauvre intelligence. Ce renoncement permet de choisir résolument l’humilité et de vivre les humiliations dans la joie, sans vouloir détromper l’autre sur notre misère.
Il y aurait bien d’autres humiliations de Thérèse à rapporter : elles sont souvent relatées par les sœurs qui ont été le plus proche d’elle car Thérèse restait plutôt discrète sur ce qui lui arrivait sauf quand elle pouvait en faire la matière d’un enseignement, d’un conseil. Cloîtrée au Carmel elle n’a cependant pas été épargnée par le péché du monde, par sa perversité, à travers l’affaire Leo Taxil notamment :
Par rapport aux humiliations Thérèse nous invite ainsi à ne pas craindre les combats qu’elles suscitent car les victoires remportées donnent une grande force d’âme. Il faut donc accepter humblement ces humiliations et s’efforcer de garder la paix intérieure, en tournant éventuellement son regard vers les choses belles et simples, vers la nature par exemple. La véritable grandeur est habillée, et restera toujours voilée, par l’humilité.
Cette humilité à vivre sur terre trouvera son accomplissement au ciel : c’est là sa destination ultime, son horizon eschatologique. Car là-haut nous serons en face de cette vérité dont, par orgueil, nous ne voulons pas prendre la mesure ici-bas. Cette vérité c’est l’interdépendance totale de toutes les créatures entre elles, et entre elles et Dieu. Thérèse remarque qu’une toute petite flamme, issue d’une lampe à moitié éteinte, suffit à en produire beaucoup d’autres jusqu’à embraser l’univers :
Voilà donc une réalité, la vérité ultime à laquelle il faut songer dès maintenant, pour anticiper cette vie au ciel où chacun déborde de gratitude pour tous. Et dans la joie de savoir que toutes les grâces qu’il a reçues viennent peut-être d’une petite âme cachée qui l’aura demandé au Seigneur.